Impasses écologiques

Nous avons tous nos petites contradictions. Et l’écologie n’est pas en reste. Ainsi en sera-t-il de l’élu local qui portera des projets très vertueux de recyclage ou de centrales photovoltaïques, mais qui fera tout pour que de nouveaux équipements de loisirs ou de nouvelles industries s’installent sur son territoire. Ou encore de telle ONG environnementale qui abusera des vidéos en ligne et des réseaux sociaux pour porter sa parole. Ou enfin du couple de bobos parisiens qui ne mangera que du bio, mais s’offrira régulièrement un week-end en avion dans une capitale européenne. Tout cela n’invite guère à l’optimisme : une action résolue et sincère est-elle possible ? Est-il envisageable de réellement s’engager sans défaire soi-même ici ce que l’on a construit là ?

On peut voir dans ces contradictions une inconséquence généralisée, par laquelle on justifie ses faiblesses par celles des autres, ou par les efforts que l’on fait par ailleurs. Mais cette attitude, pour humaine qu’elle soit, n’en est pas moins désastreuse, car ce que la transition met en jeu, c’est un changement à accomplir qui est général et complet, en d’autres mots, systémique. Certains diront que les petits pas sont inutiles en la matière. D’autres affirmeront que ceux-ci sont nécessaires pour mettre en route les choses. Dès lors, en plus du côté contradictoire mentionné plus haut, on se retrouve confronté à une deuxième difficulté : quel rythme, quelle stratégie adopter ?

Au final, l’action humaine se trouve vite en défaut : elle est contradictoire, et elle ne sait pas où elle va. Enfin, dernier aspect : elle n’est pas coordonnée : il n’existe aucune cohésion, à l’échelle d’un pays, d’un territoire ou d’un groupe social, entre les différentes actions de ses membres. Chacun fait ce qu’il veut, avec ce qu’il peut, sans que la mise en synergie se fasse. Et fatalement, l’impact des actions de l’un est annulé par l’impact des actions de l’autre.

Créer des communs

Pour sortir de cette triple impasse, on pourrait penser que la réponse se trouve dans la coercition. Ainsi de certains écologistes qui imaginent une restriction des libertés pour gagner en efficacité. Mais les régimes autoritaires, même les mieux intentionnés, ont toujours dévoyé leurs objectifs dans le sang et les larmes. L’autre réponse possible pourrait être de croire aux seules vertus de l’incitation : c’est le sens des choix faits dans nos régimes libéraux, mais sans doute au détriment de l’efficacité.

Entre les deux, entre étatisation et privatisation, il nous faut sortir de ces contradictions en invenant une tierce voie, qui est celle des communs. Ceux-ci désignent l’espace entre public et privé que nous pouvons réinvestir dans une logique de partage et de sauvegarde de nos ressources. C’est ici que la coopération est justifiée et doit être expérimentée, avec trois principes d’action pour faire face aux trois écueils mentionnés plus haut : mettre en cohérence, avoir des objectifs clairs, et coordonner l’action dans le groupe. C’est ce que tout organisation économique, politique ou sociale, devrait s’efforcer de faire pour rentrer réellement en transition. Mais à coup sûr, rien n’est gagné en la matière…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *