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Ruralité et urbanité en transition : retrouver le sens du collectif

Le 10 juillet 2019 se tenait au Verger de Vincent ,à Xirocourt (54), le premier événement organisé par Kèpos sur le thème «Ruralité et urbanité en transition», réunissant une centaine de personnes. L’objectif : faire dialoguer habitants des villes et des campagnes sur les nécessaires changements de modes de vie à opérer dans la perspective de la transition écologique. Au départ de cette initiative était la volonté des membres de Kèpos de créer des espaces de contribution pour les citoyens, à l’heure où chacun constate des pertes de cohésion majeures entre et dans les territoires. Car c’est bien là une lecture possible de la crise dite « des gilets jaunes ».

Pour cela, l’événement incluait la tenue de six forums ouverts, co-animés chacun par une personnalité du monde rural, et une personnalité du monde urbain. Parmi les acteurs ayant accepté cette proposition se trouvaient des élus, des chefs d’entreprises, des responsables associatifs, des syndicalistes, de simples citoyens… Chaque participant, qu’il vienne de la ville ou de la campagne, était invité à s’exprimer. Voici les six thèmes transversaux retenus, décrivant globalement et sans hiérarchie les uns par rapport aux autres, ce qu’on appelle des modes de vie :

  • Se nourrir
  • Naître, grandir, vieillir
  • Travailler
  • Se déplacer
  • Faire société
  • Habiter

Pour chacun, une trame de réflexion était proposée en trois temps :

  • Quelle est la situation actuelle ?
  • Vers quoi faudrait-il aller dans la perspective de la transition écologique ?
  • Quelles actions mettre en place collectivement ?

En trois quart d’heure, chaque groupe était invité a rentrer dans une logique de contribution, en sortant des postures de réclamation qui sont trop souvent celles que l’on constate dans les médias. Nous vous proposons ici une synthèse des fruits de ces discussions.

Se nourrir

La question de l’alimentation cristallise des différences fortes entre ville et campagne. Ainsi, il est paradoxalement plus difficile de trouver des produits fermiers locaux en campagne qu’en ville, tout simplement parce que les circuits de distribution ne sont pas en place en zone rurale pour ce type de produits. Les marchés de producteurs se trouvent plutôt en ville : en zone rurale, la faible densité de population gène la rentabilité de telles installations. A cela s’ajoute une situation locale propre à la Meurthe-et-Moselle, où le pourcentage de produits locaux ne représente que 2 % de la consommation alimentaire sur le sud du département. A l’opposé, on constate en ville un éloignement de la terre, qui se traduit par exemple par la pratique de plus en plus recherchée du jardinage.

Comment réamorcer une dynamique vertueuse qui permette à la fois aux citadins de se réapproprier le lien à la nature, et aux ruraux de bénéficier des fruits du travail de la terre réalisé à la campagne. La réflexion du groupe s’est ici attardée sur la questions des jardins partagés, tels qu’il en existe un à Ognéville, village en transition proche de Xirocourt. Ce type de lieu permet tout d’abord le partage et la transmission des savoir-faire. Il répond donc à un besoin social. Dans le même temps, c’est un endroit d’ouverture à de nouvelles pratiques culturales, par exemple issues de la permaculture, répondant à un enjeu de formation. C’est enfin un lieu de production alimentaire, qui permet collectivement de se poser le question de la nourriture : qu’est-ce que se nourrir ? A quel coût ? Avec quelle qualité ? Ainsi, à travers un jardin partagé se crée un réseau de proximité qui répond à la question de l’isolement, qui est un problème qui gangrène notre société. On apporte alors une réponse collective à une question qui n’est d’habitude abordée que de manière individuelle, à travers des comportements de consommation. Cela est rendu possible par une mutualisation des temps et des compétences. Le collectif rend les choses plus faciles : le jardin partagé est davantage entretenu que celui individuel, car il y a toujours quelqu’un pour y travailler. On répond ainsi à un enjeu clé de la transition : passer de l’individuel au collectif, en prenant le temps de la construction collective. Ce temps est plus lent, mais il solidifie les projets. Enfin, cette approche collective est visible : être ainsi regardé valorise l’action menée et stimule les acteurs au travail.

Sur les territoires fleurissent ainsi les initiatives de ce type, œuvrant à une réappropriation collective de l’alimentation. On en retrouve un certain nombre dans les Programmes Alimentaires Territoriaux (PAT). Toutes montrent que se nourrir est un acte social. La balle est donc dans le camp des citoyens, pour imaginer, mutualiser, construire…

Naître, grandir, vieillir

Le panel de participants à ce forum, d’origine géographique et sociale très diversifiée, faisait, sur cette question des âges de la vie, le constat d’une double fracture : territoriale et générationnelle. Ce qui frappe, aussi bien en ville qu’à la campagne, c’est l’absence de lieux de rencontre qui permettraient de sortir de l’entre soi (générationnel, social ou territorial). Il devient donc crucial, à l’heure de la transition écologique, de concevoir et animer des lieux ou des temps où les contraires puissent se rencontrer : jeunes et vieux, urbains et ruraux, classes favorisées et défavorisées… C’est une condition pour arriver à une réelle égalité des chances. En ce sens, l’éducation populaire a un rôle très important à jouer.

On observe bien une carence des lieux de connexion : cafés, parcs, jardins… Il en résulte un partage social et une transmission intergénérationnelle qui ne se font plus. De même, citadins et urbains n’ont plus l’impression d’habiter leur territoire. Pour répondre à ces enjeux, il conviendrait que chacun puisse connaître son territoire, pour le faire sien, en le partageant avec les autres. Ainsi, toute personne serait mise en demeure de mutualiser avec les autres : temps, compétences, ressources, dans une logique de transmission intergénérationnelle. La culture de l’écoute est à insuffler dans toutes les structures collectives, pour que chacun soit dans une posture de contributeur à la mesure de ses moyens et de ses besoins, selon une logique donnant-donnant. Cela est bien sûr encore plus vrai dans les structures éducatives. Enfin, cela questionne le développement des tiers lieux : comment les définir et les concevoir ? Comment en imaginer l’essor et l’affirmation ?

Travailler

Dans ce forum sur le travail sont rapidement convoquées deux références clés  :

  • L’expérimentation « Territoires Zéro chômeurs de longue durée » à Colombey-les-Belles, à quelques kilomètres de Xirocourt : deux Entreprises à But d’Emploi (EBE) y ont embauché 70 chômeurs de longue durée, en utilisant comme base de leur salaire leurs indemnités chômage.
  • Le principe du « temps choisi » expérimenté dans les années 90 à Grenoble. Des salariés estimant trop travailler y décidèrent de passer à temps partiel, laissant donc à une personne en recherche d’activité le surplus de travail libéré. Dans le même temps, les personnes à temps partiel faisaient le choix d’un engagement social fort, par exemple dans le secteur associatif.

Si ces expérimentations interpellent le groupe ici réuni, c’est qu’elles parlent du sens du travail, à l’heure où les logiques productivistes, gouvernées par les nombres, semblent déposséder les travailleurs précisément du sens de leur activité. Les personnes présentes issues du monde agricole peuvent en témoigner. Pour conjurer cela, une participante affirme ainsi toujours parler de ce qu’elle « fait de sa vie », plutôt que de ce qu’elle « fait dans la vie ». Les participants sont alors interpellés par le mouvement de reconversion qu’opère un certain nombre de professionnels arrivés à mi-carrière. Mais est-ce là quelque chose de marginal, ou de réellement structurel ?

Ces réflexions viennent alors questionner ce à partir de quoi une valeur est donnée au travail. Ainsi, il est mieux considéré d’avoir un emploi nuisible (ingénieur dans l’armement ou publicitaire) que de ne pas avoir d’emploi et de s’investir socialement. La considération est donc très liée aux salaires et à l’argent que génère une activité. Mais abandonner un métier nuisible n’est pas chose aisée, tant l’équilibre est difficile à trouver entre le travail comme pourvoyeur de revenus indispensables, et l’engagement social comme vecteur de sens. Il convient donc de mieux cerner ce qui confère de la valeur au travail, pour en réévaluer sa place dans nos sociétés et nos vies.

Pour les personnes présentes, c’est alors le travail comme commun qui est à construire : non pas comme lieu de réalisation individuelle ou pire d’application de processus, mais bien comme réalisation collective pour le bien de la société. D’où la nécessité d’une compréhension fine de ce que sont les réels besoins de celle-ci. Pour cela, il est essentiel de pouvoir expérimenter  de nouvelles solutions innovantes pour créer de la richesse sur les territoires.

Se déplacer

Se déplacer revêt une réalité très différente selon que l’on habite en ville ou à la campagne. Mais ce qui frappe d’abord les participants au forum, c’est que ces deux mondes ne sont pas étanches : les rurbains, qui expliquent l’essentiel de la croissance démographique des zones rurales, passent leur temps à faire des allers-retours entre ville et campagne. Or, ce type de déplacements est très prisonnier de la voiture, les transports collectifs peinant à trouver une rentabilité dans les zones d’habitat diffus. Cette dépendance est factrice d’une fragilité financière des ménages, très dépendants des prix des carburants. Or, on est passé en quelques décennies d’un monde où le litre d’essence coûtait 1 franc, à un monde où il coûte 1,50 euros, soit 10 fois plus. Mais cela n’a eu aucun effet sur la croissance des déplacements. Augmenter les tarifs n’est donc pas un moyen suffisant pour réguler l’usage de la voiture.

Se déplacer en voiture est facteur de coûts très importants, pour un ménage pris en particulier, ou pour la société toute entière : on mobilise de l’énergie, du temps et des infrastructures. A rebours des politiques qui prévalent depuis très longtemps, il ne faut donc pas faciliter le déplacement, mais chercher à le limiter. En effet, si l’on peut plus facilement se déplacer, l’on sera toujours incité à habiter plus loin, à voyager plus vite, à se déplacer plus longtemps, en une fuite en avant nourrie par l’effet rebond. Mais limiter les déplacements va à rebours d’une tendance naturelle de l’homme à vouloir se déplacer. L’enjeu devient donc bien de relocaliser les lieux d’activités à proximité des lieux d’habitation, en desserrant la contrainte dans les villes : chercher à sortir de la concentration dans les métropoles. Il devient essentiel de distribuer les activités sur le territoire. Quelque part, cela invite à ne plus privilégier les logiques d’attractivité et d’accumulation de richesses en un seul endroit. En augmentant la diffusion et la diversité des activités sur un territoire, on le rend plus résilient, en une sorte de permaculture territoriale. Dans le même ordre d’idée, il convient de chercher à optimiser le système en surenchérissant le mésusage de la voiture, et non pas son utilisation en général. Car l’enjeu est bien celui d’un retour à une forme de sobriété en questionnant le sens de son déplacement, et en sortant de l’immédiateté. On retrouvera alors avec profit un sens perdu de l’organisation : accepter de passer du temps à organiser son trajet, pour en limiter les impacts. Et collectivement, urbains et ruraux auront à questionner une nouvelle fois la notion de tiers lieux, comme réponse aux enjeux de déplacements comme de sociabilité.

Faire société

Ce forum part d’un diagnostic partagé : opérer la transition écologique est une nécessité, mais celle-ci doit être juste au niveau social, sans quoi, comme le montre l’épisode des « gilets jaunes », la société y perdra sa cohésion. Faire société recoupe des réalités différentes en ville et à la campagne : pour certains, dans les petits villages c’est plus facile du fait de la proximité, mais les difficultés sont aussi nombreuses (départ des jeunes, peu de mélange intergénérationnel, peu d’étrangers au territoire, problème des services publics…). Dans le même temps, les déplacements sont, dans la ruralité, liés à la voiture : la communication physique qui peut nécessiter de se déplacer en est altérée. En outre, on observe des différences de sociabilité entre néo-ruraux, qui peuvent être là pour « trouver du confort moins cher », et gens du cru. En ville, espace par définition très anonyme, comme à la ca

mpagne, l’individualisme est un frein pour faire société. Comment donc redonner du sens ? Comment donner l’envie de s’engager ? A rebours de ce qu’il faudrait, un sentiment d’impuissance s’immisce dans la société, alors que des leviers sont là pour agir. Mais cette conscience est peu partagée. C’est dans ce contexte qu’il va falloir modifier radicalement nos modes de vie, les éco-concevoir. Ce peut être le projet global auquel chacun pourrait se rattacher. Mais on en est très loin pour le moment.

Habiter

Pour les citoyens engagés présents à ce forum, la situation actuelle se caractérise d’abord par la prééminence de la maison individuelle, avec artificialisation des sols. Dans le même temps, de nombreux logements ne correspondant pas à ce modèle sont vides. Pour l’un des participants, « l’habitat individuel est la base du système de consommation ». Comment, dès lors, sortir d’un système qui crée des déséquilibres écologiques majeurs, et fragmente notre société.

La clé d’entrée est bien la question du collectif dans l’habitat. L’urgence écologique nous inviterait à davantage mutualiser les ressources, les espaces… Mais dire que la transition, c‘est l’habitat collectif est par définition clivant : ceci peut paraître une négation de l’individualité. Dans le même temps, c’est sans doute une voie possible pour recréer du lien dans un contexte de fragilisation économique et sociale. Cela revient à transformer une vulnérabilité en prenant le parti de l’humanité et du partage.

A ce moment, la question devient alors : comment sensibiliser ? Puis convaincre ? Les citoyens ici présents veulent croire que leurs initiatives peuvent entraîner les décideurs publics et privés derrière eux. Mais pour cela, l’écologie n’est qu’une accroche possible. Il faut surtout arriver à se donner des défis communs, qui mettent en route, en donnant envie à chacun de se saisir des problèmes qui les concernent.

En conclusion

De ces échanges soutenus, plusieurs idées très riches émergent. Elles ont trait à la place des communs dans notre société : recréer des espaces, des temps, des modes d’existence partagée, en se saisissant des leviers de l’expérimentation et de l’engagement. Ce projet n’est pas écrit à l’avance : il est à construire et à découvrir ensemble. Car la transition ne pourra être que dans un sursaut du collectif, permettant, pour reprendre les mots d’un participant, de « créer un éco-système plus sobre autour de la vie » !

Crédits photos : Samuel Faure et Guillaume Rambour

Crédit photo Guillaume Rambour

Journal de bord de Kèpos #3 : création de la SCIC et souscription

Les six derniers mois ont été très riches pour Kèpos, avec de nombreuses étapes franchies, et des perspectives qui se dégagent, avec en vue la création de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Le projet est d’abord devenu plus visible, à travers notamment la création de son site Internet, réalisé par L’assembleuse, financé par une subvention de la Fondation Amar y Servir, et conçu pour être le plus sobre possible. La vie de ce blog s’est affermie, et son audience s’est consolidée. Enfin, nous sommes sortis du bois au niveau local, en organisant un événement nommé « Ruralité et urbanité en transition », le 10 juillet dernier au Verger de Vincent, à Xirocourt, qui a été un succès avec une centaine de personnes présentes. Nous avons également été présents au colloque du Ceras « Quel travail pour une transition écologique solidaire ? » au mois de mai, à la convention d’affaires transfrontalières des achats responsables organisé par le Cluster ESS de la Grande Région au mois de juin, ainsi qu’à l’événement Start Up de Territoire à Strasbourg début juillet. Bref, Kèpos est de plus en plus présents dans les réseaux de la transition et de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), en Grand Est et ailleurs.

Un printemps 2019 profitable

En même temps qu’il gagnait en visibilité, notre projet a noué des partenariat de plus en plus étroits avec des acteurs clés du territoire. Ainsi en a-t-il été avec le Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle, France Active Lorraine et le Plan B, avec qui un projet de Fabrique à initiatives a été déposé auprès de la Région Grand Est, accepté par cette dernière le 17 mai 2019. Cette Fabrique sera opérationnelle en septembre 2019, et sera nommée « la Serre ». Elle vise à repérer sur le territoire des besoins non satisfaits, à imaginer des solutions en réponse et à en étudier la faisabilité, avant de confier ces projets à des porteurs issus de de l’ESS. Ce dispositif sera le seul du genre en France thématisé sur la transition écologique. Avec cette action, Kèpos se positionne donc sur l’émergence de nouvelles activités liées à la transition.

Parallèlement, le collectif des membres de Kèpos s’est étoffé, jusqu’à atteindre plus de 15 jeunes entreprises ou associations, et s’est aussi diversifié pour couvrir une réelle diversité de métiers. Ces entreprises engagées ont dans le même temps passé des seuils de manière très satisfaisante : gain de marchés publics importants, investissement dans de nouveaux locaux, accélération du rythme des commandes, accès facilité à des financements… L’étape actuelle de la vie du collectif vise maintenant à mettre en synergie les compétences des uns et des autres pour monter des offres partagés. Pour ce faire, Kèpos s’est positionné avec une de ses membres, Aurélie Marzoc, designer indépendante, pour répondre à l’appel à projet Tango & Scan. Celui-ci a été gagné le 14 juin dernier, permettant à Kèpos et Aurélie Marzoc de bénéficier d’un financement de la Métropole du Grand Nancy pour mener une opération de design de services permettant de construire ces offres partagées dans un dialogue avec leurs futurs utilisateurs.

Enfin, ce semestre a été mis à profit pour mettre sur pied un programme de formation dédié à la transition écologique des organisations, notamment construit par une future collaboratrice de Kèpos, Laure Hammerer. Cette offre de formation modulaire s’intitule « Initiez votre transition écologique » et a pu être testée avec succès auprès d’un hôtel 4* de la région parisienne. A coup sûr, entreprises et territoires sont beaucoup plus mûrs pour profiter de telles formations qu’il y a 10 ou 15 ans, où le concept clé était celui de développement durable.

Ouverture du capital de la SCIC Kèpos

Aujourd’hui, Kèpos en est à une étape clé de sa jeune histoire, puisque sa transformation en SCIC est imminente, prévue pour le 27 août 2019. Différents partenaires ont permis d’avancer sur ce chemin : l’Union Régionale des SCOP Grand Est, qui a apporté son ingénierie juridique, France Active Lorraine pour les aspects financiers, de même que la société financière de la Nef. L’été est consacré à la réunion des fonds nécessaires au lancement de l’entreprise.

Pour cela, votre concours est essentiel, car une SCIC comme Kèpos est avant tout un projet collectif, ouvert à la participation de chacun ! Un des meilleurs moyens de nous soutenir est de prendre des parts dans notre SCIC. Associés à la gouvernance du projet selon le modèle un homme = une voix, vous devenez partie prenante de son ambition, en contribuant à son financement et à sa mise en œuvre concrète par, pourquoi pas, le partage de vos compétences ou de votre réseau. Notre volonté est bien d’associer le plus largement possible notre projet aux hommes et femmes qui veulent s’engager.

En souscrivant, vous serez affectés à un collège d’associés soutenant le projet, avec d’un côté les personnes morales, et de l’autre les personnes physiques. Chacun de ces collèges dispose de 10% des droits de vote en assemblée générale. En outre, si vous souscrivez à titre personnel, vous bénéficierez d’une réduction d’impôt sur le revenu de 18% du montant investi.

Si vous êtes intéressés, vous pouvez consulter notre brochure pour les investisseurs. Et surtout, rendez-vous donc sur la page « Nous soutenir » du site Internet de Kèpos ! Et à bientôt pour faire avancer ensemble la transition écologique, ici et ailleurs !

Photo : Ruralité et urbanité en transition, crédit : Guillaume Rambour

Urbanité et ruralité en transition, le 10 juillet à Xirocourt

A l’heure où la transition écologique est plus que jamais une nécessité dont s’emparent des pans entiers de la société, Kèpos a souhaité organiser un événement qui permette de réfléchir à l’articulation entre ville et campagne dans la perspective de la transition. En effet, les enjeux énergétiques et écologiques sont gros de problèmes de cohésion territoriale entre espaces ruraux et urbains. D’où la volonté d’initier un dialogue autour de ces questions à l’occasion d’un événement festif qui puisse inspirer acteurs publics, privés et grand public. Notre souhait est ici de faire dialoguer, de permettre à chacun d’expérimenter et de jouer, et de célébrer les initiatives positives qui naissent sur nos territoires.

Quand ? Le mercredi 10 juillet 2019 de 17h à 22h

Où ? Au Verger de Vincent, à Xirocourt (54), non loin du cimetière du village

Au programme :

L’objectif de cet événement est de créer un temps d’échange sur notre façon d’aborder la transition écologique. Ainsi, à partir de 17h30, les festivaliers pourront échanger lors de forums ouverts sur leur manière d’être en transition, que ce soit pour leur choix alimentaires, leur mobilité, ou leurs modes de vie en général… Ces témoignages permettront de prendre conscience de ce que chacun met en œuvre tant dans la vie rurale que dans la vie urbaine afin de tendre vers la sobriété.

Cette rencontre sera aussi l’occasion de pratiquer la transition écologique. Des ateliers, accessibles à tout âge, permettront de découvrir comment il est possible de donner une seconde vie au plastique, de jardiner au naturel, de tendre vers le zéro déchet, ou encore de cuisiner de façon autonome, etc…

Après 19h30, il sera l’heure de déguster bières et burgers locaux et bio tout en profitant d’un bœuf musical.

Pour réserver le repas, il suffit de s’inscrire : https://www.billetweb.fr/ruralite-et-urbanite-en-transition

Au plaisir de vous retrouver pour célébrer ensemble la vie heureuse !

Revue de projets #12 : L’assembleuse

L’assembleuse est un collectif de développeurs web engagés dans la transition écologique.  Kèpos lui a confié la réalisation de son site Internet. Son initiatrice, Claire Zuliani, nous présente sa démarche au service de la sobriété numérique.

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Claire, bretonne de naissance, myope, trentenaire, jeune mère et professionnelle du web engagée. Après avoir travaillé dans l’associatif, je me suis reconvertie il y a quelques années dans le développement web, en cherchant à insuffler à ma pratique du code un supplément d’âme.

Qu’est-ce que l’Assembleuse ?

L’assembleuse, c’est une agence informelle, un collectif de professionnel·les du web qui a pour ambition d’outiller les projets issus des mouvements de transition (écologique, sociale, solidaire…). Pour l’expliquer rapidement : la plupart des sociétés capitalistes et destructrices ont les moyens de s’équiper d’outils, notamment numériques, de haute volée. Elles peuvent communiquer à large échelle, automatiser leurs processus, faire développer les outils qui leur permettent d’être encore plus efficaces. Ce n’est généralement pas le cas des alternatives, plus petites, plus fragiles ou plus soucieuses d’éthique, qui sont pourtant les projets que je souhaite voir gagner en ampleur. Alors, à son échelle, l’assembleuse accompagne et outille ces initiatives pour les rendre plus fortes. L’assembleuse, c’est en quelque sorte le vaisseau à partir duquel se déploie le projet politique (au sens large du terme) que je souhaite allier à ma pratique professionnelle !

Comment définiriez-vous votre approche du développement informatique ?

En quête de sobriété et de responsabilité ! Pour moi, les outils informatiques doivent rendre autonome et non dépendant, tout en étant le moins néfaste possible pour la planète et le vivant. Cela passe par ne développer que les briques logicielles strictement nécessaires, faire en sorte que les sites développés soient accessibles sur un maximum de terminaux (pour lutter contre l’obsolescence programmée), construire des services web aussi léger que possible (se passer de serveur quand c’est possible, minimiser le nombre de requêtes, être vigilant sur le poids des images, etc), éviter autant que possible de recourir aux services de Google, Amazon, Facebook et consorts et publier du code ouvert !

Comment en êtes-vous arrivée à vous poser la question de la sobriété numérique ?

Avant de travailler dans le web, j’ai passé quelques années dans le secteur associatif et culturel, et j’ai gardé pendant ma reconversion la fibre engagée qui m’avait fait aller initialement vers l’associatif. Une fibre écologiste s’est ajoutée au fil des ans, face à des perspectives d’effondrement de plus en plus palpables. Il se trouve que je ne suis pas très forte pour faire pousser des arbres, par contre je sais créer des sites et des applications web;) Alors pour le moment, je continue à le faire, mais en faisant en sorte de minimiser autant que possible l’impact négatif de mon activité numérique. La question de la sobriété numérique est donc venue assez naturellement ; et j’ai pu m’appuyer pour améliorer mes pratiques sur les travaux que mènent depuis déjà plusieurs années des professionnels réunis autour de l’écoconception web (voir le collectif numérique responsable Green It ou la veille faite par le même Green It, par exemple). Merci à ces communautés d’exister !

Quels sont de votre point de vue les grands enjeux écologiques du numérique ?

Ne pas se tromper de combat ! Améliorer la performance des sites, minimiser le poids des images, mettre en cache un maximum de contenus… c’est bien. Mais en fait, c’est l’extraction des matières premières nécessaires à la fabrication des ordinateurs et téléphones qui est la plus destructrice écologiquement (voir les conclusions du rapport du Shift Project à ce sujet) ! La priorité pour moi est de contribuer à réduire la fabrication des terminaux, en améliorant leur durée de vie (ne pas mettre en ligne un site qui nécessite la puissance du tout dernier smartphone pour être utilisable par exemple) et en les rendant moins indispensables.

Gardons en tête que l’outil numérique le plus sobre est encore celui qu’on ne créée pas:) A mon sens, il faut avant tout lutter contre le solutionnisme technologique, cette croyance qu’il suffit d’un site web, un service en ligne, des robots ou des fusées, pour résoudre tous les problèmes de la terre. C’est en travaillant à changer les mentalités et les usages qu’on arrivera petit à petit à se défaire du numérique, et c’est là que son empreinte sera la plus minime.

Dès lors, quelles sont les pratiques à privilégier ?

Il y a des pratiques qui sont de bonnes pratiques numériques individuelles, tout comme couper le robinet quand on se brosse les dents est une bonne pratique. Plutôt transmettre par mail un lien vers une pièce jointe que la pièce jointe (surtout si le mail est adressé à de nombreux destinataires), privilégier quand c’est possible l’écrit sur l’image et la vidéo pour économiser la bande passante… Pour les professionnels du numérique, le livre Ecoconception Web est une bonne référence pour les bonnes pratiques.

Je crois que ce qui aura plus d’impact, c’est une action à un niveau plus collectif, plus systémique, tout ce qui nous permet d’utiliser moins et/ou plus intelligemment le numérique : limiter son usage des GAFAM, soutenir les alternatives numériques (logiciels libres, Framasoft, Chatons, fournisseurs d’accès associatifs…)… Soutenir toutes les initiatives qui visent à promouvoir un autre modèle de société, où les stratégies numériques de captations et revente des données des utilisateurs, de tracking de leur activité, de monétisation du temps passé devant un écran seront rendues caduques.

Pouvez-vous nous préciser les grands partis pris qui ont été retenus pour le développement du site de Kèpos ?

Pour le site de Kèpos, c’est Jekyll, un générateur de site statique historique, qui a été utilisé. Le site est statique, c’est à dire uniquement constitué de pages html qui ne sont pas générées dynamiquement au fur et à mesure qu’un utilisateur visite le site, mais une bonne fois pour toutes au moment où le site est déployé sur un serveur. C’est un retour au web des origines ! Il n’y a pas de base de données, pas de requêtes incessantes à un serveur web, ce qui améliore la performance et la sécurité du site, mais aussi son empreinte écologique. Un système de gestion de contenu, Forestry, y a été adjoint pour faciliter la rédaction des pages.

Merci !

Merci à vous:)

Du travail au capital, et inversement

Du 20 au 22 mai dernier se tenait à l’UNESCO, à Paris, un colloque organisé par le Centre de recherche et d’action sociales (CERAS) sur le thème « Quel travail pour une transition écologique solidaire ? ». L’occasion d’une réflexion de fond sur les conditions de possibilité d’un travail qui respecterait à la fois la dignité des hommes et la dignité de la planète. Car comme le rappelait Eloi Laurent, économiste à Sciences Po au deuxième jour de cette rencontre, ce qui est en cause dans la crise écologique, c’est bien la manière dont le travail humain a altéré irrémédiablement son environnement. Dès lors, il n’y aura pas de transition écologique sans une remise en cause profonde de nos manières de travailler.

Les maux du travail sont connus, que ce soit dans nos sociétés occidentales ou dans les pays en développement : perte de sens, aliénation, fragmentation des tâches… Dès lors, l’idée force du colloque est qu’un travail digne sera un travail qui œuvrera à la transition, car fondamentalement, comme l’explique laudado Si, l’exploitation de l’homme et l’exploitation de la nature sont un seule et même chose. On pourra objecter qu’il serait sans doute possible de trouver son épanouissement au travail dans des missions délétères pour la planète : ne trouvera-t-on aucun personnel de Total, de Monsanto ou d’Areva qui vive son travail sur le mode de la mission, en toute bonne foi, avec l’impression de l’utilité commune ?

Mais cette idée de la convergence entre travail digne et respect de la planète ne doit pas être compris seulement comme une description possible de la réalité, mais comme une boussole pour la transition. En effet, la tâche à accomplir est tellement vaste, urgente et bouleversante, qu’elle ne saurait être conduite si elle n’est pas accomplie par chacun, dans son travail, sur le mode de la réalisation de soi. Ceci renvoie donc à leur responsabilité les régulateurs du travail (Office International du Travail (OIT), Etats, organismes pariraites…), et les entreprises et leurs dirigeants. D’où la publication à l’issue de ce colloque d’un manifeste rédigé au terme d’un travail de recherche de deux ans, nommé « Manifeste pour un travail décent et durable ».

Mais l’idée la plus originale de la rencontre a été amenée par Gaël Giraud, chef économiste de l’Agence Française de Développement (AFD), qui interroge l’intensité en travail des activités économiques actuelles. Reprenant les travaux d’un de ses collègues anglo-saxons, il questionne l’intensité en travail d’une économie fondée sur le charbon, puis d’une économie fondée sur le pétrole. L’exploitation du charbon demande une main d’œuvre très abondante. A l’inverse, l’exploitation du pétrole est essentiellement capitalistique. Aujourd’hui, les énergies renouvelables sont encore plus capitalistiques que le pétrole : une éolienne en fonctionnement ne demande quasiment pas d’intervention humaine. A l’inverse, les sociétés pré-industrielles peuvent apparaître comme essentiellement travaillistiques.

Dès lors, la transition nous amène-t-elle vers un monde travaillistique ou capitalistique ? A travers l’exemple des énergies renouvelables, on pourrait penser que nous allons vers un renforcement du rôle du capital. Mais peut-être n’est-ce là qu’un leurre, et qu’au contraire, il faudrait aller vers des solutions technologiques et des modes de produire hyper-intensifs en travail. Car qu’est-ce que le capital ? Une forme de précipité d’énergie, de technologie et de travail. C’est justement ce qui permet d’effectuer des gains de productivité gigantesque dans la destruction de la nature : un homme dans une forêt coupera moins d’arbre avec une hache qu’avec une tronçonneuse. Dès lors, la feuille de route de la transition pourrait impliquer de rechercher toujours les modes de faire les moins intensifs en capital. C’est précisément l’idée des low tech, telle que présentée par Philippe Bihouix. C’est sans doute également un moyen de remédier à la question des inégalités, en reprenant une idée de Thomas Piketty dans le Capital au XXIème siècle : le rendement du capital étant supérieur à la croissance, l’accumulation de richesses se fait toujours au profit des détenteurs de capital. Peut-être est-ce aussi là un moyen de redonner sens au travail, en le sortant de l’ornière des bullshit jobs décrits par David Graeber, pour le réancrer dans la transformation concrète des choses et des êtres. Et cette approche donne la meilleure clé de lecture de la question d’un revenu universel : celui-ci serait tout simplement une aberration écologique, consacrant l’idée du capital productif au détriment du travail productif de proximité, qui est précisément ce que nous devons viser.