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Kèpos à la radio !

La SCIC Kèpos et son fondateur Emmanuel Paul, ont pu, ces derniers temps, faire l’objet de plusieurs reportages à la radio. Voici quelques unes de ces émissions à écouter, pour découvrir plus en profondeur les principes et modalités de ce projet.

  • Le 7 février 2020, « Les TPE, actrices de la transition écologique », dans l’émission « Commune Planète » animée par Anne Kerléo sur l’antenne nationale de RCF :
  • Le 8 décembre 2019, « Kèpos et la transition écologique », dans l’émission « Durablement Vôtre » d’Eric Mutschler, sur une quinzaine de radios locales du Grand Est :
  • le 28 octobre 2019, « Des entreprises au service de la transition écologique », dans l’émission « Citoyens de demain », animée sur RCF Nancy par Patricia Cartigny et Denys Crolotte, du Mouvement pour une Alternative Non-Violente (MAN) :
  • En juillet 2019, débat sur le thème « Développement durable ou décroissance contrôlée, quelle espérance pour demain?  » à Paray-le-Monial avec Jean-Philippe Pierron, philosophe, retransmis à la radio sur l’antenne nationale de RCF :

Bonne écoute !

La voiture dans la perspective de la transition

Kèpos recevait dernièrement Matthieu Jacquot, directeur de Mobicoop, et Romain Vaudois, responsable du développement de Citiz Grand Est en Lorraine, pour une table-ronde sur la mobilité dans la perspective de la transition écologique, et sur le rôle de la voiture en particulier. Retour sur les principaux échanges tenus.

La mobilité : quelques éléments de cadrage

Paradoxalement, la mobilité est souvent oubliée dans les enjeux de transition. Or, elle constitue un levier très fort pour faire évoluer le système, car elle a un impact très important en termes d’émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Si on affronte vraiment ces enjeux, on casse beaucoup de choses. Et cela est vrai aussi bien pour le transport de personnes que pour le transport de marchandises. En France, la mobilité représente environ 150 millions de tonnes équivalent CO2 (teqCO2), sur 500 millions d’émissions totales. Elle constitue le premier poste pour la France, le second pour l’Europe. Sur le territoire national, 80 % des déplacements se font en voiture, et 90 % de ces 80 % se font en voiture solo. 50 % des déplacements en voiture font moins de 5 km.

La voiture, depuis sa généralisation, a changé les modes de vie en profondeur. C’est ainsi que courses et loisirs sont réalisés de plus en plus loin du domicile. Notre manière d’habiter a aussi été profondément impactée : la voiture a permis l’étalement urbain. Il en a résulté un éloignement sensible des populations des services publics. Les déplacements domicile-travail ne représentent que 30 % des km parcourus en voiture. La majorité des déplacements sont non liés au travail. Il ne faut donc pas surestimer la thématique du trajet domicile-travail. Aujourd’hui, même si les horaires de travail sont désynchronisés (tout le monde ne sort pas du travail en même temps), la congestion est toujours là. Un point clé, qui explique pour partie l’usage de la voiture, est la flexibilité que cette dernière permet dans les horaires. Dans les faits, l’usage de la voiture continue à augmenter, et son usage en solo continue à se développer. Le nombre de personnes par voiture est en moyenne de 1,32 : avec 100 voitures, on transporte 132 personnes !

L’équipement en voitures est surabondant dans la société française. Certains foyers ont jusqu’à 3 à 4 véhicules. Tout cela renvoie à la problématique de l’aménagement et au poids du lobbying automobile. Pour mémoire, la marketing automobile en France pèse autant que le budget total des Trains Express Régionaux (TER). Tout cela est vendu depuis des décennies à travers le prisme du rêve et de la liberté. Cela se retrouve très fortement aujourd’hui dans la manière dont sont promus les modèles de SUV.

Voiture, inégalités et écologie

On note cependant des évolutions positives : les jeunes passent le permis de plus en plus tard. Certains même ne passent jamais le permis. Malgré tout, il existe une ségrégation de plus en forte entre personnes des centres villes non motorisées et habitants des périphéries. On observe aussi des différences de localisation selon les classes sociales : les classes moyennes sont proches de leur lieu de travail, alors que les classes pauvres ou très élevées s’en éloignent davantage. La mobilité est un donc lieu d’expression des inégalités sociales : on l’observe très bien entre les bus, pour les classes populaires, et les trams, pour un public plus aisé. Plus globalement, l’empreinte écologique d’un ménage est très lié à ses revenus.

On constate aujourd’hui deux discours opposés : celui sur la mobilité propre, et celui sur la mobilité sobre. Les véhicules électriques, dits « propres », deviennent intéressants écologiquement à partir de 50000 à 80000 km parcourus, tant ces modèles contiennent d’énergie grise (l’énergie nécessaire à leur fabrication). Pour améliorer les choses du côté de la conception des véhicules, les enjeux se situent dans leur poids et dans la descente en gamme. A l’heure actuelle, tous les gains de conception faits dans l’efficience des moteurs ont été perdus dans une augmentation du poids des véhicules. La tendance n’est donc pas du tout à aller vers des petites voitures !

Pour bien comprendre les impacts écologique de la mobilité motorisée, il faut comprendre qu’il nous faut passer d’une situation où une personne en France émet en moyenne 1700 kg de CO2 par an, à une situation où cette même personne émet 500 kg de CO2. Or, les services publics, qui ne dépendent pas de l’action de chacun, génèrent déjà 350 kg d’émissions par personne. Mais il existe cependant de nombreuses opportunités liées à la décarbonation de la mobilité, pour les particuliers comme pour les entreprises. On peut prendre l’exemple du cyclo plombier à Paris, qui se déplace plus aisément et rapidement, pour des coûts bien moindres. L’argument écologique n’est jamais le plus déterminant dans le changement de comportement. Pour qu’une solution soit substituée à une autre, il faut que le service apporté soit meilleur. Le changement de comportement doit donc être accessible socialement.

ll faut bien avoir conscience, qu’à part le vélo, rien n’est vraiment vertueux. Il est à noter que le vélo électrique a un effet positif sur la démotorisation des gens. Le vélo commence à être vu très positivement et à générer du rêve. A son exemple, il est donc essentiel que les modes alternatifs donnent envie. Mais il n’est pas du tout sûr que ceci permette de réduire le nombre de kilomètres parcourus en voiture, tant l’effet rebond est au cœur des comportements humains. Un gain quelque part est dépensé à nouveau ailleurs. Enfin, notons que l’usage du vélo est encouragé par la loi dans les entreprises. Ainsi, la Loi Mobilités crée un forfait de 400 € payé par l’employeur pour les salariés qui viennent au travail à vélo. Mais l’inégalité est toujours là, car le dispositif n’est pas obligatoire. Même si la fiscalité a en général un rôle à jouer, il ne faut pas surestimer la place du facteur prix. L’essence, en passant de 1 € le litre à 1,50 €, n’a pas permis une baisse significative de l’usage de la voiture.

Autopartage et covoiturage

L’autopartage permet une évolution de ces pratiques. Ces voitures en libre service sont un moyen de limiter très fortement les kilomètres parcourus par un ménage. Tout simplement parce que le ménage va voir ce que lui coûte réellement l’usage de sa voiture. Le coût n’est plus caché mais visible (le client paye à l’heure d’utilisation) : c’est une très forte incitation à diminuer. L’usage d’une voiture est en effet, pour un ménage, très onéreux : une Clio revient à peu près à 500 € par mois !

Parmi les bénéfices de l’autopartage, les ménages concernés vont faire leur course à pied en bas de chez eux. La feuille de route de Citiz est bien de faire diminuer l’usage de la voiture : une auto partagée remplace 10 voitures en ville. La problématique peut être différente à la campagne, où l’offre de transports en commun est en baisse, même s’ils n’ont jamais été vraiment généralisés. Bus et trains sont ainsi remplacés par des offres de Transport A la Demande (TAD). Dans ce cadre, il faut bien comprendre que le mouvement des « gilets jaunes » dépasse la simple question de la mobilité.

La SCIC Mobicoop, quant à elle, a trois métiers : le covoiturage, l’autopartage de flottes d’entreprises, et le transport solidaire. Ce dernier vise à valoriser les réseaux d’entraide encore présents à la campagne, afin d’aider à mutualiser l’usage de la voiture. Sur toutes ces activités, l’idée est d’être inventif dans l’usage de l’automobile. L’autopartage en entreprise peut concerner, dans le cas de Mobicoop, les flottes de voitures ou de vélos. Une telle pratique en inter-entreprises est difficile juridiquement à mettre en place. Des croisements sur ces questions sont en projet avec Citiz.

Aujourd’hui, le covoiturage est entré dans les usages d’une part importante de la population pour les trajets longue distance. La différence entre Blablacar et Mobicoop se situe dans l’investissement marketing consenti pour avoir une masse critique d’utilisateurs. Dès lors, Mobicoop, beaucoup plus petit que Blablacar, a fait le choix d’avoir un modèle économique davantage basée sur la prestation de services en marque blanche, en particulier pour des collectivités. La SCIC ne se rémunère pas sur les données.

Qu’en est-il de l’impact écologique du covoiturage ? Des études tendent à prouver que la situation n’est pas meilleure après qu’avant : les covoitureurs prenaient auparavant le train. Le véritable enjeu écologique est d’arriver à une masse critique d’utilisateurs sur les destinations abandonnées par le train. A noter qu’on inclut généralement dans le coût du train à la fois l’exploitation et l’investissement. Il faudrait faire la même chose avec la voiture, en prenant en compte également la construction et l’entretien de la route. Il y a donc un biais de comparaison entre train et voiture. C’est ainsi que les 500 € évoqués tout à l’heure ne comprennent que le coût de possession de la voiture.

La covoiturage dans les trajets domicile-travail ne représente que 4 à 5 % des déplacements en voiture pour cet usage, soit quasiment rien ! Pour ne pas se décourager, il faut savoir que l’on n’est pas dans une configuration de type « Tout ou rien » : il est nécessaire d’y aller peu à peu. Le télétravail se développe, mais il est très encadré. L’employeur doit ainsi vérifier une fois par an que les conditions de travail chez le salarié sont bonnes. On sent poindre en parallèle un développement du coworking à l’échelle du quartier ou du village.

La masse critique pour le covoiturage longue distance a été atteinte chez Blablacar. Cette masse critique est très liée au bases de données disponibles. Les mettre en lien aurait un effet levier fabuleux. Mais c’est là une question de politiques publiques : la mutualisation des bases de données n’est pas le choix fait par le législateur. Ceci a pour effet que les petits flux sont abandonnés. C’est d’autant plus dommageable que l’on pourrait facilement avoir des impacts importants sur les trajets très fréquentés. Par exemple, 120000 véhicules circulent par jour sur l’A31 entre Metz et Thionville. Si 1000 voitures étaient ouvertes au covoiturage, cela rendrait disponible d’emblée 4000 places supplémentaires. La possibilité de faire autrement existe donc véritablement.

Crédits Photo : Trafic, de Jacques Tati.

La Serre à projets lance son appel à candidatures !

Kèpos anime, en coopération avec France Active Lorraine, le dispositif de la Serre à projets. Celui-ci lance le 20 janvier 2020 un appel à candidatures afin d’accompagner sur le sud de la Meurthe-et-Moselle la création de nouvelles activités engagées dans la transition écologique.

Qu’est-ce que la Serre à projets ?

La transition écologique est un enjeu majeur pour nous tous ! Ensemble, il nous faut œuvrer à un changement très profond de nos modes de vie vers la sobriété et la durabilité. Pour cela, il est essentiel de faire preuve d’imagination pour créer et développer de nouvelles activités qui permettent au territoire d’opérer sa transition. C’est ce que propose la Serre à projets !

Ce dispositif, animé par France Active Lorraine et la SCIC Kèpos, vise à repérer des besoins non satisfaits sur le territoire, à imaginer des solutions pour y répondre, à étudier l’opportunité et la faisabilité des projets qui en sont issus, et à les transmettre à des porteurs de projets de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

Il s’agit donc bien d’une méthodologie d’entrepreneuriat inversé, où l’on part des besoins du territoire, et non pas des porteurs de projets ! Particularité unique en France de cet outil de développement territorial : il est thématisé sur la transition écologique !

Comment travaille la Serre à projets ?

L’action de la Serre à projets se déroule en 5 étapes, renouvelées chaque année :

  1. Détecter des besoins sociaux et des opportunités socio-économiques via un réseau de capteurs d’idées.
  2. Inventer des réponses collectivement, et valider leur pertinence et leur viabilité grâce à une étude d’opportunité.
  3. Transmettre le projet à un entrepreneur qualifié ou à une entreprise sociale existante via un appel à candidatures.
  4. Accompagner les porteurs de projets jusqu’à la création de l’entreprise sociale, après validation des projets grâce à une étude de faisabilité.
  5. Lancer la nouvelle activité.

Bénéfices de la Serre à projets pour les porteurs sélectionnés

La Serre à projets propose aux lauréats de l’appel à candidatures :

  • La réalisation en cotraitance de l’étude de faisabilité technico-économique du projet.
  • Le suivi du projet par l’ensemble des partenaires publics, parapublics et privés de la Serre à projets.
  • Un ensemble de formations et d’ateliers pour les porteurs de projets.
  • Un accompagnement jusqu’à la concrétisation du projet.
  • Une mise en valeur mutualisée.

Les lauréats signeront une charte d’accompagnement qui précisera les modalités de l’engagement de chacun.

A qui s’adresse cet appel à porteurs de projets ?

Les porteurs de projets peuvent être de trois types :

  • Un ou plusieurs particuliers qui souhaitent s’engager dans un projet entrepreneurial. Les candidatures peuvent être émises par une personne seule ou par un collectif informel.
  • Une association existante.
  • Une entreprise sociale existante. Par entreprise sociale, on entend une entreprise s’inscrivant dans le champs de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) ou dont les activités sont porteuses d’un impact social et environnemental positif pour le territoire.

Les porteurs de projets peuvent ne pas être encore implantés sur le territoire du Sud Meurthe-et-Moselle. En revanche, leur projet doit nécessairement y être principalement localisé.

Sur quel territoire doivent se trouver les projets soutenus ?

La Serre à projets déploie son action sur le Sud de Meurthe-et-Moselle : la Métropole nancéienne, et les trois bassins de vie de Pont-à-Mousson, Toul et Lunéville. Les projets sélectionnés devront nécessairement y être localisés sous la forme d’un établissement. Les projets qui seront capables de se déployer directement à cette échelle seront valorisés. Les projets permettant de créer des synergies entre ces différents bassins seront évalués positivement.

Quels sont les projets sur lesquels se positionner ?

Sept idées ont été retenues dans le cadre d’un processus d’étude des besoins du territoire en matière de transition écologique. Il est recherché des porteurs de projets sur chacune de ces sept idées. Des études d’opportunité, disponibles sur le site de la Serre à projets, ont été réalisées pour chacune d’entre elles. Il est nécessaire de s’y référer avant de déposer toute candidature.

Ces sept idées sont les suivantes :

  • Un tiers Lieu de la transition écologique.
  • Une conserverie locale.
  • Une cantine solidaire.
  • Un dispositif de sensibilisation à l’alimentation responsable.
  • Une recyclerie.
  • Une trucothèque.
  • Un service de consigne du verre

Les variantes sont autorisées, et il est possible de ne se référer qu’à tout ou partie des éléments de l’étude d’opportunité. Les réponses collectives, montées par plusieurs acteurs, sont encouragées. De même, les articulations qui pourront être trouvées entre les différentes idées seront valorisées positivement. Enfin, la Serre à projets peut, à titre exceptionnel, accompagner un ou plusieurs projets qui ne seraient pas issus du processus d’idéation précédemment décrit. Il vous est donc possible de répondre avec votre propre projet !

Modalités pratiques

L’appel à candidatures est lancé le lundi 20 janvier 2020 et se clôture le dimanche 15 mars 2020 à minuit. Un afterwork est prévu le jeudi 13 février afin que les porteurs de projets intéressés puissent se rencontrer et poser toutes leurs questions aux animateurs du dispositif.

A vous de jouer !

Revue de projets #14 : Etre éco lié

Ce samedi 11 janvier 2020 se tient à Xirocourt la journée Portes Ouvertes d’Etre éco lié. Rencontre avec Pierre-Antoine Phulpin, un des fondateurs de ce tiers lieu au pied de la colline de Sion !

Qui êtes-vous ?

J’ai trente-quatre ans. Je suis né à Nancy, j’ai grandi en région parisienne, en Côte d’Ivoire et au Gabon, en gardant à l’esprit mes racines lorraines dans le Saintois où j’ai toujours passé mes vacances. Un peu plus tard, j’ai rejoint Epinal pour un diplôme d’ingénieur ENSTIB (technologies et industries du bois) qui m’a amené à exercer pendant trois ans comme cadre de production dans le domaine du bâtiment agricole en bois du côté de la Normandie puis de la Loire. Ces expériences professionnelles ne m’ayant pas pleinement satisfait, c’est après trois mois de marche du Puy-en-Velay à Compostelle que je décide de créer I Wood, une menuiserie participative, dans le village familial de Xirocourt. Depuis, j’explore les approches coopératives, les logiques de commun, avec une fibre particulière pour l’activation par le faire.

Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à la question des tiers lieux ?

Entreprendre à la campagne peut facilement déboucher sur de l’isolement. C’est ce qui m’est arrivé et j’ai rapidement eu besoin de retrouver du contact, de développer mon réseau professionnel. A l’époque, c’était l’émergence du coworking, avec un espace à Nancy, la Poudrière, qui m’a permis de me familiariser avec ces logiques de travail et de partage d’espace. C’était aussi l’occasion de faire le parallèle avec ce qui se passait à l’atelier, en particulier la mise en œuvre de l’apprentissage par le faire, développée dans les fablabs.

Une fois ces différents éléments mis en relation, a savoir bureaux et ateliers partagés, vous arrivez très vite au concept des tiers-lieu que j’ai plaisir à explorer ici et ailleurs depuis. Je retiens deux éléments essentiels : l’agilité dans la définition des besoins ou des réponses apportées, et la plus-value du faire ensemble, d’où naît toujours des idées et des concrétisations insoupçonnées.

Qu’est-ce que Etre éco lié ?

Etre éco lié est une association issue de la rencontre entre deux acteurs spécialistes de l’habitat léger et de l’animation de chantiers participatifs, I Wood et Vit Tel Ta Nature, qui partagent leurs locaux depuis le printemps 2019. A l’instar d’autres bâtiments publics désormais inoccupés à la campagne, nous sommes installés dans l’ancienne école du village de Xirocourt. Nous contribuons ainsi à la pérennité de ce bien public en l’entretenant et en l’aménageant.

Nous souhaitons faire de ce lieu une « fabrique de territoire » spécialisée sur les questions de l’habitat léger et des basses technologies (ou low-tech), autrement dit un espace de fabrication donnant la capacité aux individus et acteurs du territoire de penser et mettre en œuvre des solutions autour de ces thématiques. Cette fabrique a vocation à rapprocher initiatives privées, publiques et professionnelles sur des temps ou évènements particuliers. Nous imaginons des résidences d’artisans ou artistes dès le printemps de cette année, de même que des chantiers ouverts au public pour l’aménagement du lieu.

Que représente le fait de se trouver en zone rurale pour un tiers lieu comme Etre éco lié ?

A certains égards, c’est une forme d’engagement. Le constat étant que l’essentiel des investissements ou de l’attention des élus sont portés vers les agglomérations, au détriment des territoires isolés. Je crois que le plus pénalisant pour nous est le sujet des transports publics.

A d’autres égards, c’est une réelle opportunité. Il y a beaucoup de surface disponible pour des prix très inférieurs à ceux que l’on trouve en ville. Il y a également beaucoup de matériaux ou de matériel facilement mobilisables et une culture de la débrouille, du faire soi-même, de la coopération typique de la campagne. L’enjeu serait de rapprocher des jeunes à la recherche de savoir-faire, et des anciens isolés ayant l’envie de partager les leurs. Les lieux de rencontre ont presque disparu et il y a une réelle attente pour des alternatives, autant concernant les locaux que les citadins en recherche d’un bol d’air frais.

Vous travaillez notamment sur la question de l’habitat nomade. Quel est l’intérêt de telles installations ?

On pourrait aussi parler d’habitat réversible, ou léger, ou minimaliste, et même insolite. Concrètement chez nous, ça se traduit par des cabanes enterrées ou dans les arbres chez Vit Tel Ta Nature, et des yourtes ou charpentes légères chez I Wood. Avec Etre éco lié, nous souhaitons développer le concept d’habitat minimaliste autonome et réversible, avec deux terrains d’expérimentation, l’un sur le parc à cabane de Vittel, l’autre sur le Verger de Vincent, un verger partagé à Xirocourt autour de l’abondance vivrière.

Il y a différents intérêts à ces installations. Le premier est qu’elles sont réversibles, c’est dire qu’elle ne dégradent pas le terrain sur lesquelles elles sont implantées. On peut les retirer sans laisser de traces. Le second est justement qu’elles sont mobiles. C’est une excellente façon de répondre à la contrainte de l’habitat lorsque l’on est de passage, de quelques mois à quelques années, de même que pour un projet d’habitation pérenne où l’habitation légère va permettre d’occuper tout de suite et confortablement l’espace et d’engager les travaux sereinement. Nous privilégions des techniques appropriables par tous, plutôt avec les matériaux naturels ou de réemploi disponibles, pour faciliter la construction et l’entretien. Et sans que ce soit au détriment du confort ou de la durabilité, bien au contraire !

Quelles sont les perspectives à venir pour vous et Etre éco lié ?

Dès ce samedi 11 janvier 2020, à partir de 10h30, les portes ouvertes du tiers lieu au 22 rue du Commandant Dussaulx à Xirocourt. De mon côté, je vais basculer mes activités professionnelles sur des sociétés coopératives, dont Kepos pour des prestations de service, et Vit Tel Ta Nature pour la construction. Une part de mon temps sera consacré au local, notamment avec le développement d’Etre éco lié, une autre à des déplacements sur des projets d’occupation temporaire qui m’apportent toujours une bonne dose d’inspiration.

Pour Etre éco lié, nous rencontrons sur le Saintois et alentours depuis novembre les futurs partenaires et contributeurs du tiers lieu. Nous souhaitons monter d’ici au mois de juin un projet solidement ancré sur le territoire en vue d’une labellisation nationale « Fabrique de territoire » qui nous doterait de moyens non négligeables pour l’activation de ce lieu.

A partir du mois de mars, nous proposerons différents chantiers participatifs. Il y aura une première tranche d’aménagement des locaux, la fabrication d’un zome (une structure énergétique), et celle d’un « village nomade ». Ces chantiers sont un support pour fédérer une communauté autour du lieu, partager des savoirs faire, faire la démonstration des possibilités associées à une fabrique de territoire.

Merci et bon vent !

Réorienter notre attention

L’actualité a parfois de curieux échos historiques. Ainsi en est-il de l’assassinat du Général iranien Qassem Soleimani, qui n’est pas sans faire penser, toutes choses égales par ailleurs, à l’attentat de Sarajevo, qui déclencha la Première Guerre Mondiale. Il est inutile de chercher à élaborer des scénarios géopolitiques quand on n’en a pas l’expertise et la compétence, mais notons là qu’il pourrait s’agir de ce que Nassim Nicholas Taleb appelle, dans son ouvrage du même nom, un Cygne noir. À savoir un événement imprévisible à l’impact incalculable.

Par la structure de notre savoir, nous sommes habitués à penser les choses en termes de régularités, de moyennes, de structures causales simples. Or, si l’on regarde ce qui a vraiment un impact dans l’histoire, ce sont véritablement les événements peu probables, rares, que personne n’a anticipés. En d’autres termes, l’histoire est jalonné d’événements qui ont bouleversé les choses sans que nous ayons été outillés pour les voir venir. Ainsi en est-il par exemple du 11 septembre, de la crise de 2008, ou du réchauffement climatique, qui est un mécanisme qui s’est mis en place avec la révolution industrielle, avant que nous en ayons l’intelligence. Et sans doute est-ce le cas de l’attentat de Sarajevo ou de l’élimination de ce Général iranien.

Que faut-il en tirer comme conclusion ? Qu’il faut réorienter notre attention et notre énergie. Les questions qui nous sont posées actuellement ne concernent assurément pas, par exemple, les modalités de gestion de nos régimes de retraite. Mais elles concernent à coup sûr la stabilité géopolitique du monde et la stabilité géochimique et biologique de la Terre. Quand tous nous passons une énergie hors de propos sur la question des retraites, nous nous payons de mots, nous ne voyons pas les cygnes noirs qui entrent en scène. Or ceux-ci sont potentiellement d’un impact considérable. Songeons aux conséquences qu’auraient pour un pays comme la France une déstabilisation généralisée de tout le Moyen-Orient, de l’Iran jusqu’à l’Afrique du Nord. Assurément, ce serait toutes les dimensions de vie politique, militaire, sociale et économique du pays qui s’en trouveraient bouleversées. Plus globalement, il nous faut penser une géopolitique de la transition écologique.

La situation australienne donne à voir le même décalage, la même dissonance cognitive, entre des Australiens en vacances sur des plages de sable fin, et la réalité des bouleversements écosystèmiques que le réchauffement climatique a déclenché, sous forme d’incendies, dans le Sud-Est du pays. « Veiller pour ne pas être surpris » dit l’Evangile (Matthieu 24, 37-44). Une invitation à méditer, pour ne pas se retrouver tels des retraités en slip de bain, au moment où le monde moderne bascule.