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La Serre à projets lance son appel à candidatures !

Kèpos anime, en coopération avec France Active Lorraine, le dispositif de la Serre à projets. Celui-ci lance le 20 janvier 2020 un appel à candidatures afin d’accompagner sur le sud de la Meurthe-et-Moselle la création de nouvelles activités engagées dans la transition écologique.

Qu’est-ce que la Serre à projets ?

La transition écologique est un enjeu majeur pour nous tous ! Ensemble, il nous faut œuvrer à un changement très profond de nos modes de vie vers la sobriété et la durabilité. Pour cela, il est essentiel de faire preuve d’imagination pour créer et développer de nouvelles activités qui permettent au territoire d’opérer sa transition. C’est ce que propose la Serre à projets !

Ce dispositif, animé par France Active Lorraine et la SCIC Kèpos, vise à repérer des besoins non satisfaits sur le territoire, à imaginer des solutions pour y répondre, à étudier l’opportunité et la faisabilité des projets qui en sont issus, et à les transmettre à des porteurs de projets de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

Il s’agit donc bien d’une méthodologie d’entrepreneuriat inversé, où l’on part des besoins du territoire, et non pas des porteurs de projets ! Particularité unique en France de cet outil de développement territorial : il est thématisé sur la transition écologique !

Comment travaille la Serre à projets ?

L’action de la Serre à projets se déroule en 5 étapes, renouvelées chaque année :

  1. Détecter des besoins sociaux et des opportunités socio-économiques via un réseau de capteurs d’idées.
  2. Inventer des réponses collectivement, et valider leur pertinence et leur viabilité grâce à une étude d’opportunité.
  3. Transmettre le projet à un entrepreneur qualifié ou à une entreprise sociale existante via un appel à candidatures.
  4. Accompagner les porteurs de projets jusqu’à la création de l’entreprise sociale, après validation des projets grâce à une étude de faisabilité.
  5. Lancer la nouvelle activité.

Bénéfices de la Serre à projets pour les porteurs sélectionnés

La Serre à projets propose aux lauréats de l’appel à candidatures :

  • La réalisation en cotraitance de l’étude de faisabilité technico-économique du projet.
  • Le suivi du projet par l’ensemble des partenaires publics, parapublics et privés de la Serre à projets.
  • Un ensemble de formations et d’ateliers pour les porteurs de projets.
  • Un accompagnement jusqu’à la concrétisation du projet.
  • Une mise en valeur mutualisée.

Les lauréats signeront une charte d’accompagnement qui précisera les modalités de l’engagement de chacun.

A qui s’adresse cet appel à porteurs de projets ?

Les porteurs de projets peuvent être de trois types :

  • Un ou plusieurs particuliers qui souhaitent s’engager dans un projet entrepreneurial. Les candidatures peuvent être émises par une personne seule ou par un collectif informel.
  • Une association existante.
  • Une entreprise sociale existante. Par entreprise sociale, on entend une entreprise s’inscrivant dans le champs de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) ou dont les activités sont porteuses d’un impact social et environnemental positif pour le territoire.

Les porteurs de projets peuvent ne pas être encore implantés sur le territoire du Sud Meurthe-et-Moselle. En revanche, leur projet doit nécessairement y être principalement localisé.

Sur quel territoire doivent se trouver les projets soutenus ?

La Serre à projets déploie son action sur le Sud de Meurthe-et-Moselle : la Métropole nancéienne, et les trois bassins de vie de Pont-à-Mousson, Toul et Lunéville. Les projets sélectionnés devront nécessairement y être localisés sous la forme d’un établissement. Les projets qui seront capables de se déployer directement à cette échelle seront valorisés. Les projets permettant de créer des synergies entre ces différents bassins seront évalués positivement.

Quels sont les projets sur lesquels se positionner ?

Sept idées ont été retenues dans le cadre d’un processus d’étude des besoins du territoire en matière de transition écologique. Il est recherché des porteurs de projets sur chacune de ces sept idées. Des études d’opportunité, disponibles sur le site de la Serre à projets, ont été réalisées pour chacune d’entre elles. Il est nécessaire de s’y référer avant de déposer toute candidature.

Ces sept idées sont les suivantes :

  • Un tiers Lieu de la transition écologique.
  • Une conserverie locale.
  • Une cantine solidaire.
  • Un dispositif de sensibilisation à l’alimentation responsable.
  • Une recyclerie.
  • Une trucothèque.
  • Un service de consigne du verre

Les variantes sont autorisées, et il est possible de ne se référer qu’à tout ou partie des éléments de l’étude d’opportunité. Les réponses collectives, montées par plusieurs acteurs, sont encouragées. De même, les articulations qui pourront être trouvées entre les différentes idées seront valorisées positivement. Enfin, la Serre à projets peut, à titre exceptionnel, accompagner un ou plusieurs projets qui ne seraient pas issus du processus d’idéation précédemment décrit. Il vous est donc possible de répondre avec votre propre projet !

Modalités pratiques

L’appel à candidatures est lancé le lundi 20 janvier 2020 et se clôture le dimanche 15 mars 2020 à minuit. Un afterwork est prévu le jeudi 13 février afin que les porteurs de projets intéressés puissent se rencontrer et poser toutes leurs questions aux animateurs du dispositif.

A vous de jouer !

Kèpos lance une offre d’ateliers de sensibilisation à la transition écologique

La question de l’éducation et de la sensibilisation est au cœur des enjeux de la transition écologique. Celle-ci ne concerne pas seulement les enfants, mais toute personne, dans sa vie personnelle et professionnelle, à tout âge de la vie. Le discours sur la crise écologique est prégnant dans les médias, mais force est de constater qu’il n’engendre pas nécessairement une volonté de changement, et ce tant à l’échelle individuelle que collective. Pour aller plus loin, il est nécessaire que les questions écologiques ne restent pas en surface, mais soient capables de mettre en route tout un chacun en conscience. Car ensemble, il nous tout changer, et complètement. La capacité à être mû en profondeur est donc essentielle.

C’est dans cette esprit que Kèpos et ses membres ont conçu une offre partagée d’ateliers de sensibilisation à la transition écologique. Celle-ci s’adresse aux acteurs de l’éducation (nationale ou populaire), aux collectivités, aux organisateurs d’événements, aux entreprises, ou encore aux structures de l’action sociale. Chacun pourra y trouver des propositions d’ateliers d’une heure trente, une demi-journée ou une journée, adaptées à tous les contextes.

Découvrir le monde pour mieux le protéger, se former pour peu à peu changer ses modes de vie, créer et s’émerveiller pour faire surgir la poésie : autant de possibilités offertes par les ateliers que propose ce répertoire, tous animés par des professionnels. Tout un chacun (enfant, adulte, professionnel, personne en situation de fragilité) pourra ainsi découvrir le fonctionnement d’un sol, la vie d’un potager, le travail de la laine ou du bois, ou encore les clés d’une alimentation responsable. Ou comment se mettre en route par une autre relation au monde !

Quels que soient vos besoins, les membres de Kèpos seront heureux de mettre à votre disposition leurs compétences et leur enthousiasme, au service de la formation de tous.

Téléchargez ici l’offre partagée d’ateliers de sensibilisation à la transition écologique de Kèpos !

Illustration : Caroline Antoine, tous droits réservés

Crédit photo Guillaume Rambour

Journal de bord de Kèpos #3 : création de la SCIC et souscription

Les six derniers mois ont été très riches pour Kèpos, avec de nombreuses étapes franchies, et des perspectives qui se dégagent, avec en vue la création de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Le projet est d’abord devenu plus visible, à travers notamment la création de son site Internet, réalisé par L’assembleuse, financé par une subvention de la Fondation Amar y Servir, et conçu pour être le plus sobre possible. La vie de ce blog s’est affermie, et son audience s’est consolidée. Enfin, nous sommes sortis du bois au niveau local, en organisant un événement nommé « Ruralité et urbanité en transition », le 10 juillet dernier au Verger de Vincent, à Xirocourt, qui a été un succès avec une centaine de personnes présentes. Nous avons également été présents au colloque du Ceras « Quel travail pour une transition écologique solidaire ? » au mois de mai, à la convention d’affaires transfrontalières des achats responsables organisé par le Cluster ESS de la Grande Région au mois de juin, ainsi qu’à l’événement Start Up de Territoire à Strasbourg début juillet. Bref, Kèpos est de plus en plus présents dans les réseaux de la transition et de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), en Grand Est et ailleurs.

Un printemps 2019 profitable

En même temps qu’il gagnait en visibilité, notre projet a noué des partenariat de plus en plus étroits avec des acteurs clés du territoire. Ainsi en a-t-il été avec le Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle, France Active Lorraine et le Plan B, avec qui un projet de Fabrique à initiatives a été déposé auprès de la Région Grand Est, accepté par cette dernière le 17 mai 2019. Cette Fabrique sera opérationnelle en septembre 2019, et sera nommée « la Serre ». Elle vise à repérer sur le territoire des besoins non satisfaits, à imaginer des solutions en réponse et à en étudier la faisabilité, avant de confier ces projets à des porteurs issus de de l’ESS. Ce dispositif sera le seul du genre en France thématisé sur la transition écologique. Avec cette action, Kèpos se positionne donc sur l’émergence de nouvelles activités liées à la transition.

Parallèlement, le collectif des membres de Kèpos s’est étoffé, jusqu’à atteindre plus de 15 jeunes entreprises ou associations, et s’est aussi diversifié pour couvrir une réelle diversité de métiers. Ces entreprises engagées ont dans le même temps passé des seuils de manière très satisfaisante : gain de marchés publics importants, investissement dans de nouveaux locaux, accélération du rythme des commandes, accès facilité à des financements… L’étape actuelle de la vie du collectif vise maintenant à mettre en synergie les compétences des uns et des autres pour monter des offres partagés. Pour ce faire, Kèpos s’est positionné avec une de ses membres, Aurélie Marzoc, designer indépendante, pour répondre à l’appel à projet Tango & Scan. Celui-ci a été gagné le 14 juin dernier, permettant à Kèpos et Aurélie Marzoc de bénéficier d’un financement de la Métropole du Grand Nancy pour mener une opération de design de services permettant de construire ces offres partagées dans un dialogue avec leurs futurs utilisateurs.

Enfin, ce semestre a été mis à profit pour mettre sur pied un programme de formation dédié à la transition écologique des organisations, notamment construit par une future collaboratrice de Kèpos, Laure Hammerer. Cette offre de formation modulaire s’intitule « Initiez votre transition écologique » et a pu être testée avec succès auprès d’un hôtel 4* de la région parisienne. A coup sûr, entreprises et territoires sont beaucoup plus mûrs pour profiter de telles formations qu’il y a 10 ou 15 ans, où le concept clé était celui de développement durable.

Ouverture du capital de la SCIC Kèpos

Aujourd’hui, Kèpos en est à une étape clé de sa jeune histoire, puisque sa transformation en SCIC est imminente, prévue pour le 27 août 2019. Différents partenaires ont permis d’avancer sur ce chemin : l’Union Régionale des SCOP Grand Est, qui a apporté son ingénierie juridique, France Active Lorraine pour les aspects financiers, de même que la société financière de la Nef. L’été est consacré à la réunion des fonds nécessaires au lancement de l’entreprise.

Pour cela, votre concours est essentiel, car une SCIC comme Kèpos est avant tout un projet collectif, ouvert à la participation de chacun ! Un des meilleurs moyens de nous soutenir est de prendre des parts dans notre SCIC. Associés à la gouvernance du projet selon le modèle un homme = une voix, vous devenez partie prenante de son ambition, en contribuant à son financement et à sa mise en œuvre concrète par, pourquoi pas, le partage de vos compétences ou de votre réseau. Notre volonté est bien d’associer le plus largement possible notre projet aux hommes et femmes qui veulent s’engager.

En souscrivant, vous serez affectés à un collège d’associés soutenant le projet, avec d’un côté les personnes morales, et de l’autre les personnes physiques. Chacun de ces collèges dispose de 10% des droits de vote en assemblée générale. En outre, si vous souscrivez à titre personnel, vous bénéficierez d’une réduction d’impôt sur le revenu de 18% du montant investi.

Si vous êtes intéressés, vous pouvez consulter notre brochure pour les investisseurs. Et surtout, rendez-vous donc sur la page « Nous soutenir » du site Internet de Kèpos ! Et à bientôt pour faire avancer ensemble la transition écologique, ici et ailleurs !

Photo : Ruralité et urbanité en transition, crédit : Guillaume Rambour

Changer de comportement dans la perspective de la transition écologique

Kèpos recevait dernièrement Thibaud Diehl, chargé de mission à l’ALEC (Agence Locale de l’Energie et du Climat) de Nancy, pour discuter des changements de comportement dans la perspective de la transition écologique. Voici quelques éléments fruits de nos échanges,.

« Tout consomme de l’énergie, et donc émet des gaz à effet de serre (GES) » : telle est la prise de conscience à opérer avant tout changement de modes de vie. Les émissions de GES se mesurent en tonnes équivalent CO2. Il est donc essentiel, à titre personnel, de savoir et de suivre où l’on en est. Quatre postes d’émissions sont à prioriser : l’habitat, le transport, l’alimentation, et les déchets. Il importe également de bien comprendre que l’électricité n’est pas une énergie, mais un vecteur d’énergie, produit à partir d’un combustible, ou de sources renouvelables (en France, essentiellement l’hydraulique). Le numérique est très consommateur de ressources, aussi bien à la production, qu’à l’usage et au recyclage. Il est symptomatique de l’enjeu lié à la récupération d’énergie (par exemple dans les data centers), pour produire soit de l’électricité, soit de la chaleur. Mais quoi qu’il en soit, le domaine le plus consommateur d’énergie est l’habitat.

Le bâtiment est donc plus émetteur de GES que les transports. Or, sur ce sujet, la simple modification de son comportement permet d’atteindre des résultats considérables (jusqu’à 40 à 50 % d’économies d’énergie). Le premier poste de consommation énergétique dans l’habitat est le chauffage : de 2/3 à 3/4 de la facture énergétique d’un logement en Lorraine. Pour ajuster ses usages à ses besoins, ce qui va compter est le temps de sollicitation des appareils. Il faut donc utiliser l’énergie là où j’en ai besoin, quand j’en ai besoin. Cela aboutit à une forme de bien-être : on se sent mieux, car on est en accord avec ce dont on a réellement besoin. La situation dépend également du type de logement que l’on occupe : une grande maison ancienne va plus consommer qu’une petite maison récente, mais il existe toujours des marges de manœuvre pour faire évoluer ses comportements.

Le deuxième poste de consommation dans un logement concerne l’eau chaude sanitaire. Celle-ci va dépendre du nombre de personnes utilisatrices, et du temps d’utilisation. L’efficacité du système va être très liée au débit des points d’eau. Le limiter est l’action prioritaire. Pour avancer, il est essentiel de suivre ses consommations, et de se comparer. A partir de là, on peut agir sur ce que l’on peut, en fonction de sa situation. L’eau chaude représente 900 kWh/pers/an, l’électricité jusqu’à 3000 kWh/pers/an. Sur ce dernier point, la question clé est de savoir si j’ai besoin de tant d’appareils pour vivre. Il est alors possible de changer son comportement et ses modes de vie avant de changer ses appareils, en faisant toujours ce que l’on est prêt à faire. Bien sûr, le potentiel de gains diminue avec le temps. Tout cela revient finalement à hiérarchiser le confort, le financier et les économies d’énergie. Ce changement est rendu aisé par le fait que suivre ses compteurs, chez soi, est relativement simple (beaucoup plus que de mesurer sa consommation d’essence par exemple). Le collectif, le partage de bonnes pratiques avec d’autres, est un très bon moyen d’avancer. C’est le propos du Défi Familles à Energie Positive. L’interface Internet de ce concours est ouverte à tous, et permet d’évaluer ses consommations corrigées du climat.

Le changement de comportement doit venir de soi : imposer aux autres de l’extérieur n’est d’aucune utilité. Mais globalement, on constate que la motivation est avant tout financière plutôt qu’environnementale. Changer est souvent vu comme une contrainte et comme une perte de temps. A tort, le statu quo peut être perçu comme un élément de bien-être. Mais quelque part, il s’agit aussi d’être réaliste, en prenant en compte une réalité non immédiatement accessible, mais qui est en train de remettre en cause notre qualité de vie de manière définitive : des limites physiques propres au système terre ont été franchies, et ce que l’on ne fait pas maintenant va se traduire à terme par un retour du refoulé encore plus catastrophique. Il faut donc être très clair sur ce que va être le monde de demain. Mais il est vrai qu’un discours que l’on rencontre peut être résumé à cette expression : « Changer, c’est dur ». C’est là un trait fort de l’être humain, et cela se justifie même pour des petits gestes. Dans le même temps, le marketing et la publicité savent faire évoluer un comportement. Peut-être y a-t-il là une source d’inspiration. En la matière, tout est question de budget : le budget de la plus grosse ONG environnementale en France, à savoir Greenpeace, est de 20 millions d’euros, là où le budget publicité de Renault, toujours en France, est de 400 millions d’euros. Il est essentiel de savoir travailler sur l’horizon de nos actions. On peut craindre que dans la plupart des cas, l’horizon temporel de chacun soit réduit à quelques semaines, alors que justement, nous devons tous, dans la situation présente, voir plus loin, notamment via ce que nous dit la science. La question est donc de savoir comment porter une argumentation sur une perte à court terme, et ce hors de toutes violences.

Le deuxième domaine d’émissions de GES concerne les mobilités : en la matière, les comportements sont encore plus difficiles à changer que pour l’habitat. Car ici, une personne doit tout changer : son budget, sa gestion du temps, son organisation. Certes, la question des transports est étroitement liée aux politiques publiques mises en place. Mais il ne faut pas chercher le coupable idéal qui nous permettra de trouver une raison de ne pas changer de comportement. Il reste cependant vrai que tout le monde n’est pas capable de faire des économies facilement sur les transports. Les logiques dominantes dans la société ne sont pas vertueuses, que ce soit sur ces questions ou en général, avec des approches très individualistes, mais quelque part, il s’agit de ne pas être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. La contrainte peut être contreproductive sur ces sujets, avec des retours de bâtons sociaux importants, comme le montre l’exemple récent des « gilets jaunes ». Cependant, des effets de seuils peuvent être profitables au changement de comportement : par exemple, la multiplication des cyclistes en ville habitue les automobilistes à partager la rue, et incite d’autres conversions au vélo. Quand l’usage des vélos devient vraiment plus important, la piste cyclable n’est plus utile. L’exemple de l’autre est toujours très incitatif. Et bien sûr, le vélo, qui est la vraie mobilité durable, est facteur d’un grand bien-être. A noter d’ailleurs que l’air est toujours plus pollué dans l’habitacle d’une voiture que sur un vélo à l’air libre, même pris dans le flux de la circulation.

La mobilité est l’exemple type de l’intérêt d’avoir une vision « cycle de vie » dans les choix que l’on fait. Ainsi, la mobilité électrique pose la question de la fabrication et du recyclage des batteries, et de la manière dont l’électricité est produite et transportée. L’électricité est typique également du caractère « dissonant » des choix que l’on peut faire : les énergies renouvelables sont par exemple très ambivalentes en termes environnementaux. L’énergie grise, c’est-à-dire l’énergie nécessaire à la construction, l’opération et le recyclage de l’infrastructure, est compensée, mais quand est-il des autres critères, par exemple de respect de la biodiversité, de limitation de la pollution, etc… ? La méthanisation, qui se fait de plus en plus à partir de cultures dédiées, est un cas d’école. Il importe en tous cas de toujours voir le bilan énergétique global.

Au final, les pistes d’actions sont nombreuses, et laisse une large part à l’initiative individuelle dans un cadre collectif. En la matière, les turpitudes d’autrui ne peuvent justifier l’inaction personnelle.

Kèpos : construire une résilience collective

La résilience est un concept popularisé par le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik. Elle désigne la capacité, pour un être vivant, à revivre après un traumatisme. En ce sens, c’est un concept clé des théories de l’effondrement, telle que l’on peut par exemple les rencontrer dans l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer.

Ce livre fait en effet le constat d’un effondrement civilisationnel déjà en cours, à travers au moins trois dimensions :

  • Le dépassement par l’humanité de limites physiques liées à la disponibilité de ses ressources, par exemple les énergies fossiles. Ceci met nos sociétés en situation de sursis, car ne disposant pas des ressources indispensables à leur survie, et ce sans doute à court terme.
  • Le franchissement de frontières écologiques : l’humanité a fait franchir au système terre des frontières, ce qui met en cause la pérennité de ce dernier dans son état actuel. Deux phénomènes clés sont à retenir : les émissions de gaz à effet de serre ont fait rentrer la terre dans un processus accéléré de réchauffement climatique, et l’occupation humaine de l’espace entraîne un effondrement de la biodiversité, traduisant un épuisement des écosystèmes dont nous dépendons pour vivre.
  • La montée rapide de nos sociétés dans une complexité de plus en plus grande, qui se traduit par une très grande vulnérabilité à tout choc interne ou externe. En ce sens, il est probable que nous ayons franchi des seuils pouvant entraîner un effondrement systémique très rapide, par la conjugaison de réactions en chaîne.

Comment bâtir une résilience collective dans ce contexte ? Nous avons déjà posé quelques jalons sur ce blog en insistant sur le rôle de la conversion personnelle. Mais une idée clé de la transition, que l’on retrouve fréquemment, est celle de petites communautés humaines vivant de manière quasi-autonome. C’est celle que l’on constate dans le mouvement des Oasis, et dans une certaine mesure dans la permaculture. Ce que l’on rencontre dans les Oasis par exemple, c’est un mouvement de retrait du monde pour bâtir de petites sociétés bienveillantes, en une sorte de dialectique isolement/regroupement.

Ce que nous essayons de construire à travers Kèpos est un peu différent, car notre démarche ne procède pas d’un mouvement de retrait, mais plutôt d’une volonté de réappropriation de nos conditions de vie dans le cadre des sociétés existantes. L’idée qui nous anime relève de plusieurs dimensions :

  • La dissidence: le premier choix que nous opérons est celui de faire un pas de côté pour penser le monde, sa trajectoire et ses perspectives, dans une logique de sortie du flux main stream d’informations, d’images ou d’idées. A l’invitation des grands penseurs des Lumières, nous voulons penser par nous-mêmes pour sortir de l’aliénation. Ce mouvement est un mouvement de libération, qui nous invite à ne rien céder aux modes ou aux théories du complot, pour penser dans la durée, la lenteur et le dialogue avec les grands créateurs de concepts et les scientifiques. Ce blog est un essai de travail de réflexion « en dissidence ».
  • La résistance: le deuxième choix que nous posons est de rentrer en résistance, non pas forcément par l’activisme, mais par la profonde transformation de nos décisions à l’aune des concepts de sobriété et de limitation de nos impacts. Notre éthique est celle d’une extension du domaine de la responsabilité, et dès lors, nous voulons, par notre pratique, transformer l’ensemble de nos comportements et de nos vies. Cette attitude de résistance à un mouvement global de consumation accélérée des personnes et des écosystèmes, suppose d’agir en réseau, pour ensemble mener des actions qui luttent, par l’exemple, contre le modèle dominant. Ceci fait écho aux propos de Bruno Latour, dans la lignée de Carl Schmitt,  dans Face à Gaia : l’anthropocène est un état de guerre, où les terrestres, ceux qui ont pris le parti de la terre, doivent engager le rapport de force contre ceux qui la détruisent.
  • L’assistance: former un réseau de résistance, c’est faire le choix de l’assistance mutuelle dans un contexte de mutations écologiques, économiques, sociales et (géo)politiques très rapides. Notre parti pris est un parti pris de solidarité, qui se traduit par le souci de l’autre dans la communauté, car fondamentalement, personne n’est remplaçable. Ce principe, c’est la garantie que le groupe peut prospérer dans l’adversité.
  • La subsistance: Il importe dès lors de créer un espace de subsistance, dans la lignée des affirmations de Bruno Latour : un territoire est ce dont l’on tire sa subsistance. C’est pourquoi Kèpos est pensé pour regrouper des compétences différentes permettant de répondre collectivement à des besoins de base. Ces compétences ne sont pas hyperspécialisées : elles cherchent plutôt à être des généralistes de leur domaine, car c’est justement là un point clé de la résilience de l’ensemble : chaque entité a plusieurs fonctions, chaque fonction est assumée par plusieurs entités. Le fait qu’elles se rapportent à des besoins de base est lié à un choix assumé de sobriété, qui cherche à faire le tri entre les faux et les vrais besoins. Cette sobriété, pour choisie qu’elle soit aujourd’hui pour quelques uns, peut très bien devenir subie à terme pour tous.
  • La résilience: celle-ci se construit à travers les quatre dimensions précédentes, par une indépendance intellectuelle par rapport au modèle dominant, par la capacité à faire des choix engagés, par un principe de solidarité qui tient le collectif ensemble, et par une capacité à subvenir à ses besoins sur un territoire donné. Cela donne lieu alors à un système qui soit simple et souple, capable d’adaptation et d’imagination. Celui-ci s’ancre inévitablement dans la durée, car celle-ci permet l’approfondissement des relations entre les éléments et avec l’environnement. Elle repose sur « l’observation et l’interaction », à l’image d’un principe clé de la permaculture tel que décrit par David Holmgren dans son ouvrage Permaculture. La résilience qu’il nous faut collectivement construire repose donc sur une réduction volontaire de la complexité, et sur le choix fondamental de l’efficience : ne pas gaspiller les ressources, mais au contraire tirer le parti le plus équilibré de chacune d’entre elles.

Ce projet collectif ne sera bien sûr possible que si l’espérance et le souci de l’homme nous sont chevillés au corps.