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Revue de projets #3 : MOTE

Aliénor Morvan, jeune diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, est la créatrice de MOTE, une activité de mise à disposition d’ilots de compostage partagé en milieu urbain. Elle revient sur la vision sous-tendue par son projet.

Qui êtes-vous ?

Je suis Aliénor Morvan, designer bretonne, diplômée de l’ENSAD Nancy en juin 2015. Une année Erasmus en Suède à étudier le développement durable et l’éthique du commerce puis l’axe de recherche « Design des nouveaux milieux » de l’ENSAD m’ont orienté vers l’éco-conception du côté de la production mais également vers les usages et les modes de vie durables.

En quoi consiste le projet MOTE ?

Matières Organiques Très Expressives (MOTE) est un projet qui vise à démocratiser le compostage partagé en milieu urbain à travers un dispositif physique et un programme d’accompagnement. L’îlot est conçu pour faire paysage. Modulable et transparent, il exhibe fièrement cette matière précieuse pour opérer un changement dans les mentalités. Il est fabriqué localement, en banlieue de Nancy. L’îlot ne vit pas tout seul : avant son atterrissage, il faut fédérer et pérenniser des communautés d’usage autour de cette pratique. Des permanences et des ateliers de sensibilisation proposent de créer collectivement un imaginaire réjouissant. MOTE repose sur une réappropriation du traitement des déchets organiques par les usagers comme un substrat de lien social.

Pouvez-vous nous raconter brièvement son histoire ?

MOTE est mon projet de diplôme, il a été conçu à l’issue d’une étude d’usage sur une dizaine de foyers membres de la communauté de compostage partagé du parc Sainte-Marie à Nancy. Le service de prévention des déchets ménagers de la Métropole du Grand Nancy s’est très tôt intéressé au projet et m’a notamment apporté toutes les ressources techniques nécessaires sur le compostage. Le projet a ensuite été porté au sein de l’atelier ARTEM « Entreprendre Autrement » mené par François Rougieux puis accompagné depuis mai 2016 par l’incubateur Stand Up-Artem.

Quel état des lieux vous faites aujourd’hui de la thématique sur laquelle vous intervenez, la valorisation des déchets ?

Certaines villes, comme Besançon, sont à l’avant-garde avec plus de 300 sites de compostages partagés, notamment grâce à la redevance incitative. Localement, la Métropole du Grand Nancy en comporte une quinzaine. Il y a donc une marge de progression importante.

Comment vos initiatives sont-elles accueillies par les personnes à qui elles s’adressent ?

Le traitement des déchets ménagers est assuré depuis plus de deux siècles par les collectivités. Les citoyens ne se sentent pas responsables de leurs déchets avec lesquels ils entretiennent une relation de dégout. Par ailleurs, les urbains ont été déconnectés des processus naturels végétaux ou animaux. Un usager de 20 ans est aussi dépourvu devant un composteur que sa grand-mère devant un I-pad. Il s’agit donc de séduire des populations variées, au delà du militantisme écologiste, avec une stratégie sensible et un glissement de la notion de déchet vers celle de matière précieuse. 

Les usagers qui ont tentés l’aventure tirent une satisfaction éthique (maîtriser la prise en charge de leur déchets de manière cyclique et non incinérés en causant des pollutions), sociale (rencontre des voisins), hygiénique (leur poubelle normale ne sent plus mauvais), technique (savoir-faire du compostage, meilleure appréhension du vivant) et esthétique (l’îlot comme un mobilier urbain d’agrément). Ils peuvent par ailleurs récupérer du compost mûr devenu engrais en fin de cycle pour leurs jardinières domestiques et se réjouir de voir le reste épandu dans le quartier. Ils contribuent ainsi directement à favoriser la biodiversité et à enrichir les sols urbains.

Quelle vision du monde votre projet essaie-t-il de mettre en œuvre ?

Si les citoyens se réapproprient le traitement de leurs déchets, ils seront amenés à porter une réflexion sur leur propre production de déchets, leur alimentation et in fine l’ensemble de leur mode de vie. Par ailleurs, il s’agit également de se réapproprier l’espace urbain de manière collective, proposer une nouvelle fonction à un parc, à un espace vert interstitiel … Puis si les citoyens reprennent la main sur des actions de bien commun, cela leur confère une force politique, au sens noble du terme. Ils agissent directement sur l’organisation de la vie de la cité.

Quels sont les perspectives à venir pour vous et MOTE ?

MOTE doit aujourd’hui se doter de moyens humains, une force commerciale, de médiation, de bénévoles. Nous affinons jour après jour avec nos partenaires le modèle économique afin que le projet puisse se pérenniser, créer des emplois et prendre rapidement une ampleur nationale.

Revue de projets #2 : les Marchés de Max et Lucie

Lucie Vorilhon a créé en 2014 avec Maxime Fritzen les Marchés de Max et Lucie, une entreprise qui propose des paniers de produits locaux en circuit court à Clermont-Ferrand. Depuis peu, une boutique vient d’être ouverte en plein centre ville sur le même principe. Lucie revient sur les motivations qui l’ont poussée à lancer cette activité et partage sa vision sur ce secteur d’activité.

Qui êtes-vous ?

Lucie Vorilhon, 28 ans, née en Auvergne, diplômée de la Fac de droit de Clermont-Ferrand en Carrières Internationales en 2013, gérante d’une épicerie de produits locaux depuis 2014. J’aime bien : manger, écouter de la musique et comme dans Amélie Poulain, plonger ma main dans un sac de graines.

Quelle est l’histoire des marchés de Max et Lucie ?

L’histoire des marchés de Max et Lucie, c’est avant tout une histoire de deux copains du lycée, jeunes diplômés cherchant du travail qui, pour s’occuper entre deux recherches, discutent engagements politiques, mieux manger et territoire.

Pourquoi avoir voulu lancer une telle activité ?

Tout est partie d’une pensée volontairement naïve : nous voulions être des citoyens qui agissent dans la cité, pas forcément changer le monde, mais retrouver dans notre façon de consommer un sens – voir un bon sens paysan. Proposer aux volontaires des produits de qualités issus d’une agriculture paysanne et familiale, de proximité, et, d’un autre côté, proposer à des paysans un réseau supplémentaire de distribution en circuit court. Remettre la valeur de leur travail au cœur du processus économique, en leur achetant à un prix juste, et en communiquant auprès des consommateurs sur leur façon de produire.

L’agriculture est à part dans l’économie, puisque dépendant climatiquement de son territoire. Il nous paraissait donc inconcevable qu’un paysan se base sur une économie de marché nationale et internationale pour fixer ses prix. Puis qui dit circuits courts dit réduction des transports et une meilleur empreinte écologique !

Quand vous relisez le chemin parcouru, quel regard portez-vous sur les réussites et les difficultés rencontrées ?

Quand je regarde derrière, je vois certes des coups durs, de l’isolement parfois, des sacrifices, des responsabilités, quelquefois lourdes… Mais tellement de positif : du surpassement personnel, des rencontres qui enrichissent la vie, des situations d’échecs qui vous apprennent à rebondir. En bref des découvertes, qui vous rendent encore plus curieux de la vie.

Comment l’activité des marchés de Max et Lucie s’inscrit ou non dans une logique de transition écologique ?

Pour nous, il s’agit avant tout d’une transition économique, de laquelle découle nécessairement une transition écologique. Pour être plus claire, lorsque l’on n’est plus dans une démarche productiviste et capitaliste, qu’on réfléchit à faire au mieux pour le consommateur, pour le producteur et pour la planète, on s’inscrit forcément dans une logique de transition écologique non ? Recyclage, mutualisation des moyens transports, limitation des emballages, des déchets, mise en place de compost deviennent des enjeux qui coulent de sources.

Quel regard portez-vous sur les évolutions en cours dans votre domaine (l’agriculture et l’alimentation) ?

Je suis plutôt optimiste, notamment lorsque je vois de plus en plus de volontaires, que ce soit du côté des producteurs, des acteurs locaux ou des consommateurs. Il faut toutefois s’armer de patience car il reste beaucoup de travail en termes de sensibilisation. Le producteur est parfois perdu entre l’ancienne version de l’agriculture, productiviste et la nouvelle : qualitative et de proximité. Le consommateur a lui aussi du mal à se repérer entre une consommation massive et marketée, une labellisation nécessaire mais qui donne parfois lieu à des contradictions, et un choix perpétuel qui peut le rendre inflexible.

Que savez-vous de la motivation de vos fournisseurs à travailler avec vous, et de vos clients à acheter chez vous ?

Je pense qu’il y a plusieurs motivations – du moins je l’espère -, mais celle qu’on observe des deux côtés, c’est la proximité. Voir pour le producteur que c’est nous qui vendons leur produit, et, à l’inverse, voir pour le consommateur que c’est nous qui démarchons.

Quels sont les perspectives à venir pour vous et les marchés de Max et Lucie ?

Continuer l’apprentissage, toujours plus de légumes, des paniers pour les étudiants et les plus petits revenus, puis conquérir le monde à coup de tomate du jardin !