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Retour sur projet #1 : les Fermiers d’Ici

Franck Magot, gérant des Fermiers d’Ici, traiteur travaillant quasi-exclusivement avec des produits Bio et locaux à Nancy, avait été interviewé sur ce même blog il y a un peu moins de trois ans. Aujourd’hui, l’entreprise se lance sur de nouveaux marchés (drive fermier, conserverie). L’occasion de faire un point sur le développement de l’activité.

Nous vous avions interviewé il y a plus de deux ans. Quel chemin ont parcouru les Fermiers d’Ici depuis ?

Depuis deux ans, Les Fermiers d’Ici parcourent toujours le même chemin, celui d’une alimentation bio et locale. Deux nouveaux compagnons de route nous ont rejoint, l’équipe des Fermiers d’Ici est désormais constitué de 5 personnes. Ces arrivées ont été nécessaires du fait du développement des l’entreprise. En effet notre activité de traiteur a doublé, nous travaillons maintenant pour des collectivités comme le Département de Meurthe et Moselle ainsi que la Région Grand Est. A cela s’ajoute de nouvelles entreprises du secteur privé.

Depuis 2018, nous avons renforcé nos ambitions liées à la transition écologique. Des efforts supplémentaires vers le zéro déchet ont été réalisée. Et nous privilégions aujourd’hui des viandes provenant d’herbivores qui favorisent la présence de prairies (source de biodiversité et de stockage de carbone).

Quelles sont vos principales fiertés ?

Les Fermiers d’Ici œuvrent à une meilleure cohésion sur le territoire. En se développant, nous offrons aux producteurs des débouchés de plus en plus importants. Nos clients sont très attentifs à cela. Je suis très touché de constater qu’ils y portent un grand intérêt. En effet, lorsque sur un buffet ou lors d’un mariage, nous présentons la ferme d’où vient tel ou tel produit, et les convives s’y intéressent beaucoup.

En revanche, quelles difficultés vous ont marqué ?

La difficulté principale est la structuration d’une jeune entreprise, sans avoir d’expérience dans ce domaine. Les journées et les semaines sont longues, cela peut-être épuisant.

Vous êtes un des fondateurs de Kèpos. Que vous a apporté cette SCIC depuis sa création ?

Kepos, est pour moi, un réseau d’entraide. Tout d’abord entre entrepreneurs, nous pouvons partager de bonnes idées. C’est aussi du soutien de la part de l’équipe de salariés, qui peut répondre à nos questions/ nos doutes. En ce qui concerne Les Fermiers d’Ici, c’est aussi des compétences complémentaires fiables. Que ce soit chez les entrepreneurs membres ou via les prestations que proposent la SCIC, nous sous-traitons en toute confiance une partie des missions pour lesquelles nous ne sommes pas compétents.

Aujourd’hui, les Fermiers d’Ici se lancent sur de nouvelles activités. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avions dans nos cartons un projet de conserverie. Idée que nous avons mise en route durant la crise du Covid. Nous sommes accompagnés en cela par la Serre à projets. A ce jour, il s’agit de cuisiner des plats préparés (tajine d’agneau, risotto au quinoa….) et de les pasteuriser en bocal. Ces bocaux sont d’ailleurs consignés. Nous avons conçu des recettes adaptées à un régime flexitarien et végan. Nous sommes en cours de labellisation Bio. Pour une, deux ou trois personnes, ces bocaux artisanaux sont idéaux pour se faire plaisir tout en respectant ses valeurs. Vous n’avez qu’à ouvrir le bocal, mettre à réchauffer et déguster ! A ce jour, il est possible de commander nos bocaux via notre site internet. Bientôt, nous espérons proposer ces bocaux dans des magasins spécialisés comme Biocoop, ou encore Day by Day .

Par ailleurs, durant le confinement lié au Covid, nous avons été appelés pour réaliser des livraisons de légumes, fruits, produits carnés et laitiers. Nous avons donc mis en place un service de drive et de livraisons, accessible également depuis notre site internet. Nous y proposons les produits de nos producteurs.

Plus globalement, comment appréhendez-vous votre activité dans le contexte du Covid et de sa suite ?

La crise du Covid a durablement affecté notre activité de traiteur, qui était lié à de plus ou moins grosses réunions de personnes (mariage, réunion de travail, réception…). Nous sommes dans l’obligation de repenser notre métier. Mais durant le confinement lié au covid, j’ai néanmoins pu constater que les drives de producteurs ont bien fonctionné. Cela prouve un intérêt grandissant pour le type de produits Bio et locaux avec lesquels nous travaillons.

Merci !

Revue de projets #17 : l’industrie en transition avec Holimaker

Aurélien Stoky est le créateur de la société Holimaker, mambre de Kèpos, qui propose des micro-solutions industrielles de revalorisation de la matière. Une offre tout à fait pertinente pour œuvrer à la transition dans l’industrie !

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Aurélien Stoky, j’ai 28 ans, je suis le dirigeant de l’entreprise HoliMaker. Je pense me définir comme un rêveur pragmatique. J’ai toujours plein d’idées dans la tête qui partent dans tous les sens, mais j’arrive néanmoins à me canaliser, prendre du recul et passer à l’action pour que ces idées deviennent réalités. Je suis un grand adepte du « pourquoi pas » : essayer des solutions qui semblent impossibles, prendre des décisions en conséquence et repousser les limites. Enfant et adulte à la fois, j’aime beaucoup rire, je suis très curieux et je suis un grand fan de l’émission « C’est pas Sorcier ».

Quel est votre parcours : comment en êtes-vous arrivé à créer HoliMaker ?

J’ai toujours été fasciné par le travail des matériaux. Etant petit, je démontais tous les objets autour de moi pour comprendre comment ils fonctionnaient, comment ils avaient été fabriqués (et je ne savais pas toujours les remonter). J’ai désiré allier mes études avec le travail manuel en réalisant un BAC STI en Génie des Matériaux au lycée Loritz à Nancy. Ces 2 années m’ont permis de découvrir la céramique, la fonderie, les composites, mais également l’injection plastique. Suite à ce diplôme, je souhaitais travailler car j’avais quelques difficultés à me concentrer sur la théorie scolaire. Je rêvais de devenir « soudeur ». J’ai donc décidé de réaliser un BTS en Chaudronnerie par alternance au CFAI de Maxéville (54) ainsi que dans l’entreprise Fives Cryo à Golbey (88). Ayant la soif d’apprendre d’avantage la fabrication des objets, j’ai poursuivi mon alternance dans cette entreprise en réalisant un diplôme d’Ingénierie de la Conception de l’Ecole des Mines de Nancy à l’InSIC de Saint-Dié-des-Vosges (88). L’alternance a été pour moi une réelle opportunité qui m’a permis de travailler sur des sujets passionnants. J’ai ensuite continué l’aventure chez Fives Cryo en tant qu’ingénieur dans le bureau d’étude.

En 2016, j’ai commencé à m’intéresser à la permaculture, à la relation possible des éléments dans un écosystème, et j’ai passé un diplôme en design de milieu permaculturel en parallèle de mon travail. J’ai eu à ce moment l’idée de développer un « parc d’expérimentation » en permaculture que j’ai présenté devant la Chambre d’Agriculture. J’ai failli passer un BP REA (Responsable d’Exploitation Agricole) jusqu’au moment où je me suis rendu compte que je pouvais apporter plus efficacement ma pierre à l’édifice grâce à un domaine qui me passionne : le travail des matériaux.

Parmi les matériaux, vous vous intéressez plus spécifiquement au plastique. Pourquoi ?

La matière plastique est pour moi une matière formidable : l’alliance entre la légèreté, la résistance mécanique et chimique, et modelable à la forme souhaitée. Cependant, cette matière provient en grande partie d’une ressource fossile qui est le pétrole, qui met plus de 60 millions d’année pour être fabriquée par notre planète (nous consommons aujourd’hui une ressource qui date de la disparition des dinosaures !) et qui est au centre de certaines guerres. En parallèle, la France à elle seule produit chaque année plus de 3,7 millions de tonnes de déchets plastiques qui ne sont pas recyclés, cela représente à peu près 3 fois la taille de la pyramide de Khéops en ressources non valorisées !

Mais pourquoi cette matière n’est-elle pas plus recyclée ?

Le plastique est actuellement peu recyclé pour de nombreuses raisons comme les coûts de transport des déchets, la difficulté de gérer des milliers de gisements différents, l’apport énergétique intéressant lié à sa combustion,… Une autre de ces raisons est la méconnaissance du fonctionnement de la transformation de cette matière, qui est difficile à appréhender, et donc difficile à réaliser localement : 10 000 fois plus visqueuse que l’eau, il ne suffit pas de la verser pour fabriquer un nouvel objet ! Suite à ce constat, j’ai décidé de fabriquer une machine pour sensibiliser au recyclage de la matière plastique et montrer que l’économie circulaire est possible. J’ai ainsi quitté mon emploi dans cette entreprise qui m’a accompagné durant 7ans en août 2016 afin de me consacrer à plein temps à HoliPress : une presse à injection plastique manuelle.

Pouvez-vous nous présenter HoliPress ? Quel est son intérêt ?

HoliPress est un appareil qui fond la matière plastique et l’injecte dans un moule grâce à la force manuelle. Elle permet de prototyper et de produire en petites séries des pièces de qualité industrielle dans de nombreux domaines :

  • Ingénierie et design de produit (mécanique, horlogerie, automobile, électronique,…)
  • Santé et industrie pharmaceutique
  • Communication
  • Education et formation

HoliPress combine la productivité et la qualité de l’injection plastique industrielle avec la flexibilité de l’impression 3D. Très simple à utiliser, elle permet de passer rapidement de l’idée à l’action tout en revalorisant la matière plastique usagée.

Comment définiriez-vous le métier d’HoliMaker ?

Tout d’abord, HoliMaker vient de « Holi », la vision holistique de notre environnement, l’interdépendance des éléments, la diversité des matières autour de nous. « Maker », c’est le mouvement du « Faire », du passage à l’action, de la fabrication. HoliMaker est une entreprise implantée dans le tiers-lieux Bliiida à Metz et accompagnée par l’incubateur régional The Pool. Chez HoliMaker, nous développons et commercialisons des solutions de micro-industrie permettant de revaloriser différents types de matières. Une de ces premières matières est le plastique via notre solution : HoliPress. Nous proposons également l’animation d’ateliers concernant la revalorisation des matériaux.

Comment voyez-vous les enjeux industriels liés à la transition écologique et aux conséquences de l’épidémie de Covid-19 ?

Selon moi, les enjeux de la transition écologique passent par plusieurs étapes :

  • Réduire notre consommation en ayant des produits de qualité (contrer l’obsolescence programmée)
  • Réduire notre consommation d’énergie en optimisant nos processus industriels
  • Fabriquer localement pour limiter les transports
  • Réutiliser les matières qui sont sur nos territoires

Avec HoliMaker, nous souhaitons répondre à ces enjeux en proposant des machines robustes, éco-conçues, optimisées énergétiquement grâce à un bureau d’étude spécialisé, et permettant de revaloriser les matières (notre broyeuse manuelle permet de broyer la matière plastique pour l’insérer dans HoliPress).

Concernant l’épidémie de Covid-19 qui sévit actuellement, je pense qu’il est important d’être unis, mais agiles également, en relocalisant au maximum nos productions mais également nos développements. Cela est possible via la multiplication de micro-unités industrielles afin d’être plus résilient et gagner en réactivité.

Je crois que nous pouvons tous être acteurs face à la transition écologique mais également face à cette épidémie. Nous devons construire ensemble le « après » mais aussi le « pendant ». Cela s’est d’ailleurs démontré depuis ces dernières semaines où des « makers » fabriquent des masques, des visières de protection et d’autres accessoires aux quatre coins du monde pour lutter contre la propagation du virus.

Merci !

Revue de projets #16 : EcoPlacement au service de l’habitat durable

Yohan Blanche est l’initiateur d’EcoPlacement, une solution d’épargne immobilière qui vise à rendre possible l’éco-rénovation du parc locatif privé. Il nous présente l’intérêt d’une telle démarche pour démocratiser l’habitat durable.

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Yohan Blanche. J’ai 31 ans pour quelques jours encore et papa d’une petite de fille de 4 ans. Je suis également reconnu travailleur handicapé depuis 2012 du fait d’un handicap dit « invisible ». Depuis une douzaine d’années, je me suis impliqué en tant que porteur de projet, créateur d’entreprises ou d’associations, ou encore salarié dans plusieurs domaines de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) qui couvrent tous les âges de la vie. Au fur et à mesure des années, des valeurs fortes se sont ancrées en moi, et m’ont amené à repousser avec force les injustices et le non-sens. Aujourd’hui, il est vital, à mon sens, d’affronter les problèmes que rencontre notre société, parce que « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » : urgence climatique, réduction de notre consommation énergétique, fracture entre les générations, mise en marge de la société des plus fragiles, sentiment de déclassement social…

Quelle est l’histoire d’EcoPlacement ?

EcoPlacement est une histoire commune. C’est l’histoire de deux expériences de vie, celles de Patrick Henry et moi-même, qui ont convergé vers cette belle idée. Tout commence par un constat réalisé au sein de l’association Un Toit Partagé : l’absence d’offre immobilière adaptée à la colocation entre « seniors ». C’est là que l’idée commence : comment créer une offre immobilière qui réponde aux attentes des 55 ans et plus et qui s’inscrit dans nos valeurs ? Ce que l’on savait, c’est qu’il fallait un ou plusieurs logements de colocation de 2 personnes, dans un immeuble à taille humaine, à proximité des services, accessible, adapté, et dont le coût soit accessible au plus grand nombre. Et à cela, nous nous sommes ajoutés des contraintes supplémentaires : pas d’expansion urbaine, sauvegarder le patrimoine existant, une très haute performance énergétique de l’habitat, une réduction de son impact carbone ou encore un budget logement moins élevé que le marché local. Il nous a fallu près de 5 années pour développer un modèle qui fasse consensus.

Quels sont selon vous les grands enjeux de la transition écologique en matière d’habitat ?

À mon sens, deux enjeux prédominent. Le premier enjeu se résume en une phrase de Thierry Salomon : « L’énergie la plus propre est celle que l’on évite de consommer ». Alors quand je vois que l’on peut obtenir des subventions pour changer de chaudière sans avoir réalisé, au préalable, des travaux d’éco-rénovation, ou encore que la laine de verre, dont les propriétés thermiques sont valables 10 ans, est subventionnée lors de travaux d’éco-rénovation, je me dis qu’on est encore loin de réussir cette transition. Il serait temps de développer une vision à long terme de la transition écologique de l’habitat.

Le second enjeu est la transition énergétique du parc résidentiel locatif. En effet, les propriétaires occupants ont accès à de nombreuses subventions, en comparaison des propriétaires bailleurs. Entre le surcoût des prix de l’immobilier et le montant des travaux à charge, l’équation est impossible. Pourtant, ce sont les plus fragiles qui en font les frais : les locataires.

Quel est le concept que vous proposez avec EcoPlacement ?

EcoPlacement a pour volonté de développer une offre nouvelle d’habitat locatif durable, intergénérationnel et à budget logement accessible. Un habitat éco-rénové avec des matériaux biosourcés, et où se mêlent toutes les générations : seniors, actifs et étudiants, à l’image des structures familiales d’avant-guerre.

Pour créer cet habitat, EcoPlacement offre deux types de placements :

  • Un placement patrimonial à terme : Éco Patrimoine
  • Un placement de rente : Éco Rente

Pour proposer ces placements, EcoPlacement utilise le mécanisme du démembrement de propriété temporaire.

Quel est l’intérêt de ce type de montage pour l’investisseur ?

Pour ce qui concerne l’usage du démembrement, et contrairement à beaucoup d’opérations de ce type, nous nous basons sur les valeurs du marché local et non sur une surévaluation. Le mécanisme du démembrement de propriété temporaire, 12 à 15 ans, permet de spécialiser l’attente d’un placement immobilier :

  • Se constituer un patrimoine qui correspond à la nue-propriété.
  • Se constituer un cash-flow qui correspond à l’usufruit.

La valeur des placements sont proportionnels à la valeur totale future du bien :

  • 60% pour la nue-propriété, ce qui permet de voir son patrimoine se valoriser automatiquement grâce à la décote appliquée
  • 40% pour l’usufruit, ce qui permet de booster le rendement par un investissement moindre

Pouvez-nous parler de votre première opération ?

Encore un peu de patience et nous pourrons communiquer sur la première opération 😊. Un petit indice : elle se fera dans un département à l’est de la Meurthe-et-Moselle !

Merci !

Dans le même ordre d’idée vous consulterez avec profit notre article à propos de Clairlieu Eco-défi, une initiative originale qui imagine des solutions au service de la rénovation du parc privé de propriétaires occupants dans le quartier de Clairlieu, à Villers-lès-Nancy.

Revue de projets #15 : Aurélie Marzoc

Aurélie Marzoc est une jeune professionnelle du design, qui axe sur son travail sur les interactions entre l’homme et la nature. Elle lance une série de jeux pédagogiques en bois pour faire connaître le jardinage naturel et sensibiliser à la biodiversité : Les cultivés ! Elle nous présente son activité.

Qui êtes-vous?

Je suis Aurélie Marzoc. Depuis ma tendre enfance, je suis passionnée par la nature, et tout particulièrement par le jardinage. J’ai obtenu en 2018 un double master designer/ingénieur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, ce qui me permet aujourd’hui d’exercer une activité professionnelle proche de mes convictions personnelles. J’ai 25 ans et vis sur le territoire lorrain, où grandit peu à peu mon activité de designer.

Pouvez-vous nous présenter votre activité :

Je suis designer indépendante basée entre Nancy et les montagnes vosgiennes. Mes axes de travail cherchent à valoriser la biodiversité, les interactions nature/humain, ainsi que la place de l’écologie dans les stratégies de territoire. Je spécialise mon activité dans la conception d’objets et de jeux pédagogiques, dont les objectifs ont à voir avec la diffusion des savoirs sur la biodiversité. Mes méthodes de conception prennent en compte l’analyse des flux et la place de l’usager, et privilégient des matériaux durables, produits localement et issus de filières de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS).

Qu’est-ce que « Les cultivés » ?

Les cultivés sont quatre jeux pédagogiques et ludiques en bois pour découvrir la biodiversité dont je suis l’auteur :

  • Qu’est-ce ? Les joueurs sont invités à trier une soixantaine de jetons. Quatre catégories s’offrent à eux : aromate, légume, fleur et fruit. Pour affiner ce tri, le jeu propose une seconde sélection selon les morphologies des végétaux. Est-ce une racine ? Une tige? Un fruit à noyau ou à pépins ? Une fleur simple ou multiple ?
  • Les saisons : chaque mois de l’année, le jardin offre différentes récoltes et activités. Ce jeu aborde ainsi l’organisation d’un potager en mettant en avant la diversité des pratiques durables en fonction des saisons et des récoltes.
  • Qui mange qui ? Ce jeu invite à découvrir les différents êtres vivants qui peuplent le jardin, et les interactions qui existent entre eux, tout en sensibilisant à la notion d’écosystème.
  • Les légumes copains : Grâce à de simples additions, découvrez les associations de légumes et de végétaux propices à un potager abondant. Le jeu vous initie ainsi à une notion importante de la permaculture.

Comment cette idée a-t-elle germée ?

Lors de mon master à l’ENSAD de Nancy, deux pistes de réflexion m’ont fait aboutir à ce projet :

  • L’écriture d’un mémoire rassemblant mes réflexions sur ce que le designer peut apporter dans les pratiques de soin à partir de plantes spontanées (qui se développent sans la volonté de l’Homme).
  • Des interventions dans une école primaire, dans laquelle j’ai conçu un potager pédagogique. Lorsque le jardin a été créé, j’ai réalisé que les enseignants ainsi que les enfants manquaient de connaissance sur le jardinage. Effectivement, je me suis rendue compte que les éditeurs de livres et supports pédagogiques spécialistes à l’éducation proposaient très peu d’outils d’éducation à l’environnement. Par ailleurs, les associations d’éducation à l’environnement développent des outils en interne , mais les diffusent très peu en externe.

Les jeux Les cultivés sont une solution ludique et pédagogique pour transmettre les connaissances sur le jardin, et sensibiliser à l’importance de la biodiversité.

Où en êtes-vous du montage de ce projet, et quelles sont ses perspectives?

Après 2 ans de travail de conception et de test avec différents publics, j’ai lancé le 25 février 2020 les premières préventes . L’objectif est de réunir le fonds de roulement nécessaire pour rémunérer les différentes entreprises prestataires de ce projet. Cela représente une cinquantaine de jeux à vendre sous la forme d’un financement participatif.

J’ai pour projet d’éditer trois à quatre jeux à destination de l’éducation à l’environnement chaque année. A côté de cela, je souhaite intégrer des collectifs de projets en lien avec la transition écologique, afin de mutualiser des compétences professionnelles, notamment en collaborant avec les autres membres de Képos.

En quoi le design peut être un outil intéressant à mobiliser dans la perspective de la transition écologique?

Le design que j’exerce questionne les relations entre l’humain et la biodiversité. Mes compétences sont celles de la conduite d’un projet de design, de sa conception à sa réalisation. Ma démarche s’appuie sur des observations et des analyses d’un territoire, ses flux et ses usagers. Des outils de consultations (discussions, échanges, questionnaires et retour d’expériences) me permettent d’élaborer des projets. Sous-traitant la fabrication de mes objets et réalisant des séries en petites quantités, le design que j’exerce active le territoire dans lequel le projet est ancré. L’ensemble de ces critères et ces méthodologies me permettent de poursuivre mes engagements au service de la protection de l’environnement.

Les outils et les approches propres à la discipline du design questionnent ce qui est déjà construit sur un territoire. Les conceptions apportés par les designers aboutissent certes à de nouveaux services et objets, mais ceux-ci sont capables d’accompagner une forme de décroissance, par exemple en remettant au goût du jour d’anciens usages, tels que le jardinage familial et l‘autosuffisance alimentaire.

Pour répondre aux défis du réchauffement climatique, il faut réfléchir aux nouvelles manières de produire et de consommer, et se questionner sérieusement sur nos véritables besoins. Et si nous commencions par voir le dérèglement climatique non pas comme une fatalité, celle d’un système en train de s’effondrer, mais comme une opportunité, celle d’un monde entier à réinventer ? Le design, comme bien d’autres méthodes ou valeurs humaines, a les compétences pour instruire les usages de demain et proposer des outils pour des modes de vies plus respectueux de l’environnement.

Quelques mots pour finir sur ce que vous apporte Kèpos, et sur votre rôle dans la coopérative ?

Képos me permet d’être entourée d’entrepreneurs et petites entreprises partageant la même ambition d’agir dans la transition écologique. Echanger et se réunir enrichit mes connaissances sur le territoire, et m’encourage à faire vivre mes valeurs dans mes activités professionnelles et personnelles. Souhaitant intégrer des collectifs de projet, et répondre à des appels d’offres en commun avec d’autres entreprises, Képos est le meilleur écosystème pour faire grandir mon projet entrepreneurial.

Merci !

Revue de projets #14 : Etre éco lié

Ce samedi 11 janvier 2020 se tient à Xirocourt la journée Portes Ouvertes d’Etre éco lié. Rencontre avec Pierre-Antoine Phulpin, un des fondateurs de ce tiers lieu au pied de la colline de Sion !

Qui êtes-vous ?

J’ai trente-quatre ans. Je suis né à Nancy, j’ai grandi en région parisienne, en Côte d’Ivoire et au Gabon, en gardant à l’esprit mes racines lorraines dans le Saintois où j’ai toujours passé mes vacances. Un peu plus tard, j’ai rejoint Epinal pour un diplôme d’ingénieur ENSTIB (technologies et industries du bois) qui m’a amené à exercer pendant trois ans comme cadre de production dans le domaine du bâtiment agricole en bois du côté de la Normandie puis de la Loire. Ces expériences professionnelles ne m’ayant pas pleinement satisfait, c’est après trois mois de marche du Puy-en-Velay à Compostelle que je décide de créer I Wood, une menuiserie participative, dans le village familial de Xirocourt. Depuis, j’explore les approches coopératives, les logiques de commun, avec une fibre particulière pour l’activation par le faire.

Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à la question des tiers lieux ?

Entreprendre à la campagne peut facilement déboucher sur de l’isolement. C’est ce qui m’est arrivé et j’ai rapidement eu besoin de retrouver du contact, de développer mon réseau professionnel. A l’époque, c’était l’émergence du coworking, avec un espace à Nancy, la Poudrière, qui m’a permis de me familiariser avec ces logiques de travail et de partage d’espace. C’était aussi l’occasion de faire le parallèle avec ce qui se passait à l’atelier, en particulier la mise en œuvre de l’apprentissage par le faire, développée dans les fablabs.

Une fois ces différents éléments mis en relation, a savoir bureaux et ateliers partagés, vous arrivez très vite au concept des tiers-lieu que j’ai plaisir à explorer ici et ailleurs depuis. Je retiens deux éléments essentiels : l’agilité dans la définition des besoins ou des réponses apportées, et la plus-value du faire ensemble, d’où naît toujours des idées et des concrétisations insoupçonnées.

Qu’est-ce que Etre éco lié ?

Etre éco lié est une association issue de la rencontre entre deux acteurs spécialistes de l’habitat léger et de l’animation de chantiers participatifs, I Wood et Vit Tel Ta Nature, qui partagent leurs locaux depuis le printemps 2019. A l’instar d’autres bâtiments publics désormais inoccupés à la campagne, nous sommes installés dans l’ancienne école du village de Xirocourt. Nous contribuons ainsi à la pérennité de ce bien public en l’entretenant et en l’aménageant.

Nous souhaitons faire de ce lieu une « fabrique de territoire » spécialisée sur les questions de l’habitat léger et des basses technologies (ou low-tech), autrement dit un espace de fabrication donnant la capacité aux individus et acteurs du territoire de penser et mettre en œuvre des solutions autour de ces thématiques. Cette fabrique a vocation à rapprocher initiatives privées, publiques et professionnelles sur des temps ou évènements particuliers. Nous imaginons des résidences d’artisans ou artistes dès le printemps de cette année, de même que des chantiers ouverts au public pour l’aménagement du lieu.

Que représente le fait de se trouver en zone rurale pour un tiers lieu comme Etre éco lié ?

A certains égards, c’est une forme d’engagement. Le constat étant que l’essentiel des investissements ou de l’attention des élus sont portés vers les agglomérations, au détriment des territoires isolés. Je crois que le plus pénalisant pour nous est le sujet des transports publics.

A d’autres égards, c’est une réelle opportunité. Il y a beaucoup de surface disponible pour des prix très inférieurs à ceux que l’on trouve en ville. Il y a également beaucoup de matériaux ou de matériel facilement mobilisables et une culture de la débrouille, du faire soi-même, de la coopération typique de la campagne. L’enjeu serait de rapprocher des jeunes à la recherche de savoir-faire, et des anciens isolés ayant l’envie de partager les leurs. Les lieux de rencontre ont presque disparu et il y a une réelle attente pour des alternatives, autant concernant les locaux que les citadins en recherche d’un bol d’air frais.

Vous travaillez notamment sur la question de l’habitat nomade. Quel est l’intérêt de telles installations ?

On pourrait aussi parler d’habitat réversible, ou léger, ou minimaliste, et même insolite. Concrètement chez nous, ça se traduit par des cabanes enterrées ou dans les arbres chez Vit Tel Ta Nature, et des yourtes ou charpentes légères chez I Wood. Avec Etre éco lié, nous souhaitons développer le concept d’habitat minimaliste autonome et réversible, avec deux terrains d’expérimentation, l’un sur le parc à cabane de Vittel, l’autre sur le Verger de Vincent, un verger partagé à Xirocourt autour de l’abondance vivrière.

Il y a différents intérêts à ces installations. Le premier est qu’elles sont réversibles, c’est dire qu’elle ne dégradent pas le terrain sur lesquelles elles sont implantées. On peut les retirer sans laisser de traces. Le second est justement qu’elles sont mobiles. C’est une excellente façon de répondre à la contrainte de l’habitat lorsque l’on est de passage, de quelques mois à quelques années, de même que pour un projet d’habitation pérenne où l’habitation légère va permettre d’occuper tout de suite et confortablement l’espace et d’engager les travaux sereinement. Nous privilégions des techniques appropriables par tous, plutôt avec les matériaux naturels ou de réemploi disponibles, pour faciliter la construction et l’entretien. Et sans que ce soit au détriment du confort ou de la durabilité, bien au contraire !

Quelles sont les perspectives à venir pour vous et Etre éco lié ?

Dès ce samedi 11 janvier 2020, à partir de 10h30, les portes ouvertes du tiers lieu au 22 rue du Commandant Dussaulx à Xirocourt. De mon côté, je vais basculer mes activités professionnelles sur des sociétés coopératives, dont Kepos pour des prestations de service, et Vit Tel Ta Nature pour la construction. Une part de mon temps sera consacré au local, notamment avec le développement d’Etre éco lié, une autre à des déplacements sur des projets d’occupation temporaire qui m’apportent toujours une bonne dose d’inspiration.

Pour Etre éco lié, nous rencontrons sur le Saintois et alentours depuis novembre les futurs partenaires et contributeurs du tiers lieu. Nous souhaitons monter d’ici au mois de juin un projet solidement ancré sur le territoire en vue d’une labellisation nationale « Fabrique de territoire » qui nous doterait de moyens non négligeables pour l’activation de ce lieu.

A partir du mois de mars, nous proposerons différents chantiers participatifs. Il y aura une première tranche d’aménagement des locaux, la fabrication d’un zome (une structure énergétique), et celle d’un « village nomade ». Ces chantiers sont un support pour fédérer une communauté autour du lieu, partager des savoirs faire, faire la démonstration des possibilités associées à une fabrique de territoire.

Merci et bon vent !