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Revue de projets #9 : Cécilia Gana, gérante de Day by Day Nancy

Cécilia Gana est la créatrice et la gérante du magasin Day by Day de Nancy, épicerie spécialisée dans la vente en vrac. A l’heure où de nouvelles formes de commerce apparaissent, elle nous présente son activité et la conduite de son projet.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Cécilia Gana, je suis née à Nancy, et suis aujourd’hui la gérante d’une épicerie 100 % vrac.

Comment en êtes-vous arrivée à créer une épicerie en vrac ?

Depuis toute petite, j’ai été sensibilisée à l’écologie, à la protection de l’environnement et à l’anti-gaspi (grâce à ma famille notamment). Après de longues études, orientées vers l’écologie et m’ayant mené jusqu’au doctorat, j’ai souhaité me diriger vers un métier plus concret, utile au quotidien et surtout qui ait du sens, avec un contact humain plus présent. Ayant conscience du problème de la pollution et essayant de réduire nos déchets, nous trouvions dommage, avec des amis, qu’il n’y ait pas de magasin dédié au vrac sur Nancy. Et je me suis donc lancée dans l’aventure en créant mon entreprise et en ouvrant le magasin.

Pouvez-vous nous décrire plus précisément votre activité ?

Day by day est une épicerie 100 % vrac, où les clients peuvent venir avec leurs contenants, afin de limiter les emballages (je fais la tare avant). Des contenants sont également disponibles sur place et gratuits (sacs en papier compostables et bocaux). On ne prend que la quantité dont on a besoin afin de limiter le gaspillage. Tout y est vendu au détail (les prix sont indiqués au kilo) : épicerie salée (pâtes, légumineuses, riz, gâteaux apéritifs, huiles, vinaigres,…) ; épicerie sucrée (sucres, sirops, céréales, fruits secs, farines, biscuits, chocolats, café, thé,…) mais également des produits d’entretien (vinaigre, bicarbonate, savon de Marseille, lessives, liquide vaisselle…) et d’hygiène (shampooing, déodorant et dentifrice solide)

Comment voyez-vous les attentes du grand public, et de votre clientèle en particulier, en matière de zéro déchet et de vente en vrac ?

Dans le vrac, chacun peut trouver son compte : certains viennent parce qu’ils souhaitent avant tout réduire les déchets d’emballage, d’autre plus pour le côté « je ne prend que ce dont j’ai besoin », donc pour moins gaspiller, mais aussi varier les menus. Et enfin il y a aussi le côté économique du vrac : consommer en vrac permet de faire jusqu’à 30 % d’économie si l’on compare avec des produits équivalents emballés. Ce que les gens recherchent aussi, c’est la traçabilité des produits, savoir d’où ça vient, comment c’est fait. Nous sommes donc très attentifs à cela et indiquons l’origine de chaque produit. Nous connaissons bien nos producteurs et fournisseurs, nous savons comment ils travaillent et on peut ainsi l’expliquer aux clients.

Vous avez fait le choix de créer votre activité en franchise. Quels sont les atouts et les limites de cette solution ?

Comme je n’étais pas issue d’une formation autour du commerce, je trouvais ça utile d’être accompagnée par la franchise. Pour convaincre une banque de m’octroyer un prêt, c’était aussi un petit plus de dire que j’allais être franchisée. Faire partie d’un réseau, quand on est commerçant indépendant, est aussi rassurant : on se sent moins seul, on échange souvent, on partage des astuces et bonnes pratiques entre franchisés. La franchise apporte aussi plus de visibilité, avec par exemple un site internet que je n’aurais jamais pu faire et financer en n’étant pas franchisée. L’accès également à autant de références (avec plus de 80 fournisseurs différents) aurait été impossible, je n’aurais pas pu proposer autant de produits seule. Bref, pour moi, ce ne sont que des avantages, je n’y vois aucun inconvénient ! D’autant plus que c’est un petit réseau, à taille humaine : chacun a son mot à dire, les franchiseurs sont à l’écoute de tous les gérants d’épicerie, nous travaillons ensemble. Si on veut que le vrac se développe, je pense qu’il faut aussi travailler en réseau, pour avoir plus d’impact vis à vis des fournisseurs, leur faire changer leurs modes de conditionnement, mais aussi gagner plus de visibilité vis à vis du grand public. Le bio par exemple est en plein essor et s’est fait connaître de tous grâce aux réseaux de magasins spécialisés dans les produits bio.

Les magasins de vente de vrac commencent à se multiplier : ça vous inquiète ou ça vous enthousiasme ?

C’est très encourageant, le fait que le vrac se développe. On trouve maintenant du vrac dans à peu près toutes les grandes surfaces, mais de plus en plus de magasins dédiés au vrac se développent. Je pense qu’il y a de la place pour tous et que plus on sera nombreux, plus les gens pourront facilement adopter le vrac, réduire leurs déchets, en parler autour d’eux et convaincre d’autres personnes de passer au vrac.

Quelques mots sur vos prochaines perspectives ?

Continuer à développer la gamme de produits proposés (à mon ouverture, j’avais 650 références, aujourd’hui, j’en ai quasi 850). Essayer de proposer d’avantages de produits français (aujourd’hui 60 % des références) et si possible bio (un peu plus d’1/3 des produits proposés en magasin à l’heure actuelle). Faire en sorte que le vrac se développe de plus en plus. Sensibiliser les gens à la réduction des déchets (continuer à proposer des ateliers avec des partenaires locaux autour du « mieux consommer » et « réduire ses déchets »)

Merci !

Revue de projets #8 : Félix Billey, inventeur et entrepreneur low tech

Félix Billey est un jeune ingénieur diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Techniques et Industries du Bois, basé à Besançon. Inventeur et entrepreneur, il a plusieurs cordes à son arc : conception d’un vélo amphibie, création d’une maison tractable en bicyclette, fabrication et vente de boucles d’oreille en plumes naturelles… Il nous présente ses sources d’inspiration et le sens de son travail de conception et de fabrication d’objets low tech ou inspirés de la nature, posant ainsi la question de la place des technologies dans la transition écologique.

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

J’ai 24 ans et toutes mes dents.

Quelles sont vos principales activités d’inventeur et d’entrepreneur ?

Actuellement, je conçois et fabrique une sorte de petite maison roulante tractable par un vélo. J’ambitionne de vivre quelques temps dedans. Je l’ai baptisée la BikeHouse. C’est un peu un clin d’œil aux start-up ou accélérateurs de projets en tout genre.  Non pas que je ne crois pas à tout cela, mais je suis convaincu que, pour mettre au point quelque chose de fondamentalement nouveau, ou quelque chose de fou, où l’on se dépasse, où l’on va plus loin que ce que l’on peut même imaginer, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Et si le numérique donne parfois le sentiment que l’on peut tout avoir instantanément, j’ai l’impression que c’est un leurre, qui nous rend passifs et consommateurs. Partir à la conquête ou reconquête de ma spontanéité c’est un peu l’objectif de la BikeHouse, c’est mon incubateur personnalisé, en tant qu’inventeur, qui me laissera le temps d’approfondir des choses très intimes. C’est une échappatoire, un outil me permettant de cultiver mon jardin secret.

Imaginez-vous : être un arbre… Si vous évoluez dans un incubateur ou une start-up, vous développerez majoritairement vos branches et votre feuillage : vous êtes en concurrence pour la lumière et vous devez grandir vite pour ne pas être dans l’ombre. A travers la BikeHouse, la démarche est plutôt de développer les racines de mon arbre avant le feuillage. Ma croissance est insignifiante voir presque invisible, mais la particularité, c’est que la ressource principale n’est pas donnée par le ciel, mais par la terre ! Ainsi, en cas de tempête, l’arbre évoluant en start-up sera facilement déraciné car son feuillage est trop gros par rapport  à ses racines ; en cas de sécheresse, l’arbre start-up sera beaucoup plus vulnérable car son feuillage est beaucoup plus étendu et ses racines pas assez pour puiser l’eau dans le sol. En bref, la BikeHouse a pour but de donner vie à des idées apparemment non viables dans le système actuel, c’est un peu sa vocation.

Comme quand on apprend à jouer d’un instrument de musique, le début est difficile, et une fois que ça commence à venir, ça devient satisfaisant, c’est plus simple de jouer et ça devient plaisant. Seulement il est très difficile d’arriver au point où cela devient plaisant, car tout ce qui nous entoure tend à nous divertir. Nous avons tendance à choisir la facilité. Quelque part, la BikeHouse a pour but de  me plonger dans un inconfort, ou un confort juste suffisant, pour que la pratique de quelque chose d’a priori difficile dans le confort actuel, devienne très plaisant voir nécessaire pour trouver du plaisir ou l’équilibre. En fait, quand l’on est dans le confort, on n’a pas forcément besoin de faire quelque chose, on se contente de ce que l’on a. Rien ne nous incite à sortir de notre situation. Dans l’inconfort de la BikeHouse, je serai obligé de m’activer pour sortir de l’inconfort, pour oublier l’inconfort.

Donc, plus concrètement, mon activité aujourd’hui principale est la fabrication de la BikeHouse. Une fois celle-ci terminée et viable, le temps que je passe sur la BikeHouse se déplacera sur la mise au point d’un vélo amphibie. J’ai aussi des projets de spectacle, et surtout, je veux rester ouvert à l’inconnu. En parallèle, je développe avec une cousine une activité de fabrication et vente de boucles d’oreilles en plumes naturelles. Celle-ci exploite la technique du montage des mouches de pêche. Ça, c’est un peu le feuillage de mon arbre, mais qui ne pousse pas très vite et plutôt difficilement.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Pour la BikeHouse je m’inspire de mes besoins propres. Des plus primaires aux plus spirituels. Toutes les conséquences du réchauffement climatique (catastrophes naturelles, sécheresses, disparition d’espèces etc…) sont également des faits qui me pousse à mener mon projet au bout même si il est très marginal, et que j’ai peu de moyens. Pour les boucles d’oreilles, je trouve mon inspiration directement dans la nature.

En tant qu’inventeur, comment travaillez-vous ?

Cela dépend des activités. Généralement, j’opère par cycles. Je m’explique : quand je débute une activité, je lui consacre un tout petit peu de temps, même si quelque fois la motivation est telle que je pourrais travailler presque nuit et jour. Mais je préfère procéder ainsi pour ne pas risquer de me décourager. Ensuite, je libère de plus en plus de temps pour cette activité, jusqu’à atteindre une sorte d’apogée ou elle devient mon activité principale et occupe quasiment tout mon temps. Ensuite, je relance ou reprends une autre activité, qui va relayer petit à petit la première. Mais, attention à ne pas passer d’un projet à un autre sans avancer, fuir la difficulté de l’un en passant à l’autre et vice versa. Je peux imager mes propos avec la métaphore du pied de tomate : si on le laisse pousser tout seul, il produira plein de toute petites tomates ; si on enlève les « gourmands »,  il produira plusieurs belles tomates ; et si on enlève trop de tige et qu’on ne laisse qu’une seule fleur, il ne produira qu’une seule très grosse tomate.

Pour savoir si un projet me tient à cœur, je tiens une sorte de petit journal dans lequel je mets mes idées, mes réflexions, mon humeur. J’essaie d’être le plus honnête possible. Et quand je décide de lancer une idée, un projet, je reprends ce journal pour voir si l’idée est ancienne ou récente, récurrente ou anecdotique. C’est ce qui me permet de savoir avec plus d’assurance si un projet ou une idée me sera viable ou non dans le futur. Pour revenir au pied de tomate, savoir si c’est un « gourmand » ou si c’est une vraie branche productive.

Dans le développement de la plume à l’oreille, comment abordez-vous l’acte de vente ?

Je fonctionne en allant voir directement les responsables de boutique, et en leur montrant mes produits en vrai. Cela me permet d’observer leurs réactions, leurs observations. J’ai ainsi directement leur réponse. C’est aussi plus simple pour négocier les prix, et les formalités de vente, d’exposition… Ce que j’apprécie dans cette façon de faire, c’est que même si les boutiques ne veulent pas de mes produits, les employés ou les responsables sont souvent très encourageants !

Quelle vision du monde ou de la société essayez-vous de mettre en œuvre ?

J’ai une certaine vision du monde et de la société, mais je ne peux pas dire que je cherche à la mettre en œuvre. Elle m’aide dans mes prises de décisions. Je vois la vie comme un grand jeu, fondé sur des lois instaurées par on ne sait qui ou on ne sait quoi, et où tout le monde perd à la fin.

Le monde du travail est également un jeu, un grand jeu de société où il y a des gagnants et des perdants. Dont la seule véritable importance est de meubler l’existence, la rendre moins lourde,  la rendre exaltante. Une façon de détourner son esprit sur des problèmes moins impactant, moins douloureux, que des questions existentielles sans réponses. Concrètement, cette façon de voir se traduit par plusieurs type de comportements chez moi : « puisque mon travail n’est pas important, alors au moins qu’il soit épanouissant », « puisque mon travail n’est pas important, je ne risque rien », « puisque mon travail n’est pas important, qu’il ne détruise pas ce qui l’est ».

Quelles sont les prochaines étapes pour « la plume à l’oreille » et vos diverses activités ?

Dégager un salaire pour ma cousine et moi : bref, rendre l’activité rentable. Aller le plus loin possible dans le respect de l’environnement et de nos idées.

Revue de projets #7 : le Florain, Monnaie Locale Complémentaire du bassin nancéien

Le Florain est la Monnaie Locale du bassin nancéien. Rencontre avec Samuel colin, un de ses instigateurs, qui nous expose l’intérêt d’une telle démarche au service de la transition écologique.

Faisons connaissance : qui êtes-vous ? Comment en êtes-vous venu à participer au lancement d’une Monnaie Locale ?

Je m’appelle Samuel Colin, je fais partie de la dizaine de personnes à l’origine du Florain, et de la cinquantaine de bénévoles qui se sont impliqués tout au long du projet. Depuis mars dernier, je suis également salarié à temps partiel de l’association. Je me suis impliqué dans le Florain suite à la tenue d’Alternatiba Nancy qui a eu lieu en juin 2015.  Cet événement visait à sensibiliser le grand public aux enjeux de la lutte contre les changements climatiques et présenter les initiatives citoyennes, associatives… qui existent pour s’engager à ce sujet. A cette occasion, une conférence sur les Monnaies Locales et Citoyennes a été organisée, et cela nous a convaincu de l’intérêt d’en lancer une.

Pouvez-nous nous présenter le Florain ?

Le Florain est une Monnaie Locale qui circule depuis octobre 2017 sur le sud de la Meurthe-et-Moselle, principalement sur les agglomérations de Nancy, Toul, Lunéville et Pont-à-Mousson, ainsi que dans les campagnes environnantes. Notre monnaie existe sous forme de billets de 1, 2, 5, 10 et 20 Florains. Elle est gérée par une association spécifiquement créée à cet effet.

Quel sont le principe et l’intérêt d’une Monnaie Locale ?

Une Monnaie Locale Complémentaire (MLC) est un titre de paiement qui circule sur un territoire délimité et au sein d’un réseau d’acteurs choisis (commerces et services de proximité, artisans, producteurs, associations et PME locales), sans possibilité d’épargne ni de spéculation. Ces monnaies sont dites complémentaires car elles ne cherchent pas à remplacer la monnaie nationale mais circulent de façon complémentaire sur le territoire. La parité 1 Euro = 1 MLC est donc nécessaire. Les particuliers peuvent se rendre dans des bureaux de change, gérés par des commerces partenaires, pour adhérer à l’association puis échanger des euros contre des Florains, pour ensuite les dépenser au sein du réseau. Le principal intérêt des MLC est de dynamiser l’économie d’un territoire en incitant les acteurs économiques locaux à travailler les uns avec les autres : quand un commerçant reçoit des Florains de la part d’un client, il doit chercher à les redépenser au sein du réseau, et donc à privilégier des fournisseurs de proximité.

En quoi une telle monnaie peut concourir à des enjeux de transition écologique ?

En favorisant des logiques de coopération de proximité, les Monnaies Locales contribuent à limiter les déplacements et transports de marchandise. Au delà de ce point, la plupart des Monnaies Locales contribuent à orienter la consommation de leurs usagers vers des acteurs économiques qui partagent des valeurs de respect des êtres humains et de leur environnement. C’est notamment le cas du Florain qui dispose d’une charte de valeurs qui va dans ce sens. En outre, tous les acteurs professionnels qui intègrent le réseau du Florain s’engagent sur un défi de leur choix qui vise à améliorer leurs prises en compte de ces valeurs. Ce sont très souvent des défis qui portent sur la préservation de l’environnement.

Quelles sont les limites à ce type d’initiatives ?

Les Monnaies Locales sont un très bel outil au service de dynamiques de transition écologique et citoyennes. Mais ce sont des démarches qui demandent beaucoup d’énergie et d’engagement, de la part des bénévoles, des usagers et des professionnels.

Quels retours pouvez-vous faire sur les premiers mois de vie du Florain ?

Après 11 mois de fonctionnement, on dénombre 560 usagers du Florain, qui font circuler environ 42 000 Florains auprès de plus de 120 structures différentes. Nous avons également pu constater les premières mises en relation entre acteurs professionnels qu’a permis notre monnaie. C’est un résultat encourageant, et conforme à nos projections pour la première année de fonctionnement. Mais ce n’est qu’un début, il nous faut maintenant à la fois fidéliser les personnes membres du réseau et développer ce dernier au-delà du cercle des convaincus !

Quelles sont les perspectives à venir pour cette Monnaie Complémentaire ?

Nous réfléchissons à plusieurs axes de développement, qui ne sont pas forcément tous tranchés à ce jour. Parmi les points déjà décidés, il y a le « 1 % associatif » : à partir du 1er janvier 2019, à chaque fois que quelqu’un ira changer des euros contre des florains, cela déclenchera un don correspondant à 1 % de la somme changé pour une association locale de son choix, sans rien lui coûter (c’est le Florain qui prend en charge ce don). Une bonne raison de se motiver à régulièrement changer des euros contre des Florains !

Quelques projets pour la transition écologique en interview !

Durablement Vôtre est une émission radio de reportages et d’interview diffusée quotidiennement sur une quinzaine de radios locales du Grand Est. Son animateur, Eric Mutschler, est un professionnel des médias engagé depuis longtemps dans le développement durable. A travers son émission, il donne un éclairage riche et varié des initiatives économiques ou sociales de l’Est de la France en faveur d’un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable. Quatre des projets de notre écosystème ont été reçus dans l’émission, l’occasion de dialogues qui prennent le temps pour mieux comprendre le sens de l’action de chacun.

Voici tout d’abord Franck Magot, gérant des Fermiers d’Ici, service traiteur bio et local basé à Nancy.

Viennent ensuite Fariborz Livardjani, Laurie Targa, Martine Cros et Léa Delcure, qui présentent leurs activités au sein du Centre Albert Jaeger et de l’association Saulcy EnVert, au service d’une prise en compte responsable des questions de santé environnement :

Voici Claire Zuliani, développeuse Web, qui intègre pleinement les questions énergétiques et écologiques dans son activité, œuvrant à une informatique durable :

Et pour finir, Caroline Antoine, artiste plasticienne et paysagiste, qui met la transition écologique et humaine au cœur de son travail :

Bonne écoute !

 

Revue de projets #6 : l’art et la transition écologique avec Caroline Antoine

Caroline Antoine est artiste plasticienne et anime des ateliers mêlant art et écologie. Elle revient pour nous sur son parcours, et explique en quoi l’art et la transition écologique peuvent se nourrir l’un l’autre.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis originaire de Metz. Après l’obtention de mon diplôme national d’arts plastiques aux beaux-arts de Nancy j’ai continué mon parcours avec quatre années à l’École du paysage de Versailles. Cette formation a confirmé ma passion pour l’espace, le paysage et la manière de le capter pour le transformer en maquettes, cartes, croquis, textes… J’ai particulièrement apprécié le travail de groupe avec des architectes, des écologues et des artistes, qui m’a permis de développer ma capacité à prendre la parole en public pour défendre mes projets avec ma propre sensibilité. A ma sortie de l’école en 2013, j’ai cherché à entrer dans des agences de paysage afin d’y mettre en pratique mes savoirs et mes compétences.

J’ai travaillé comme free-lance pour des agences d’urbanisme et de paysages à Angers et Paris mais je ne m’y suis pas reconnue. Il était souvent plus question de rentabilité que de créativité. Je ne souhaitais pas participer à la construction de paysages standardisés. J’ai rapidement eu besoin de revenir sur une pratique artistique plus personnelle. J’ai fait mes premières interventions artistiques dans des classes car mon désir de transmettre ma sensibilité au paysage était forte. Durant ces années j’ai également participé à des stages d’initiation à la permaculture qui m’ont profondément épanouie. J’y ai retrouvé les grands principes de mon école d’architecte paysagiste, favorisant l’analyse de l’existant, et la créativité de mon école d’art, mettant en avant la sensibilité au lieu, l’interdisciplinarité, le travail de groupe dans la bienveillance, l’attention aux besoins de chacun.

Comment est née votre sensibilité aux enjeux écologiques ?

Depuis l’enfance, j’ai besoin de la nature. Marcher dans le jardin, toucher les arbres, prendre le temps d’observer la croissance des plantes, font partie de mon équilibre. Mais c’est à Paris que j’ai découvert le mouvement des villes en transition et la philosophie de Pierre Rabhi. La vision du monde de ce dernier m’a enchantée car j’y ai vu une belle perspective d’avenir dans le respect, la bienveillance et le dialogue. En 2015, je me suis installée à Nancy et tout naturellement je me suis dirigée vers le groupe local des Colibris. Depuis 2016, je propose  ponctuellement des ateliers de pratiques artistiques pour l’association Alternatives Citoyennes de Champigneulles, le club Arlequin de Vandœuvre ainsi que pour l’oasis urbaine de la ferme du plateau de Maxéville.

Comment la transition écologique vient-elle nourrir votre travail d’artiste ?

Ma pratique artistique parle de territoire et d’écosystème. Dans mes dessins et sérigraphies,  humains animaux et végétaux interagissent ensemble dans le même élan de vie. Dans mes sculptures et installations aussi, je m’intéresse aux liens , à la façon dont les êtres et les choses se rencontrent et se transforment les uns les autres. Mes textes poétiques parlent d’intériorité et de cette familiarité à une nature originelle.  Le mouvement, la couleur, la matière vivante habitent mon travail et cherchent à transformer – à mon échelle – le monde qui nous entoure en le rendant un peu plus humain et soutenable. Il est question d’espoir et de fécondité.

Comment voyez-vous les questions de sensibilisation et d’éducation à la transition ?

Je pense que la transition ne peut réellement être effective qu’en proposant de nouveaux outils de communication développant l’empathie, la pensée personnelle et la sensibilité. Il s’agit de nourrir nos besoins pour mieux accompagner un changement sociétal inévitable.

La philosophie dès l’école maternelle (développée par la Fondation SEVE) , la communication non violente (enseignée par le MAN – Mouvement pour une alternative non-violente), la pratique d’une parole poétique personnelle libre et inter-générationelle (encouragée par les cafés SLAM) ainsi que la pratique de la méditation sont, de mon point de vue, des outils de premier ordre pour cette transition, qui est avant tout une formidable aventure humaine.

Après un temps de dialogue et d’écoute, l’acte peut alors se faire de chercher à s’engager dans une des multiples associations qui changent nos habitudes en profondeur par la pratique du compostage, des jardins collectifs, des permis de végétaliser, des habitats partagés, des espaces de co-working, des associations de consommateurs , AMAP et j’en oublie.

En quoi l’art est un moyen utile pour sensibiliser à la transition ?

Il ne s’agit pas autant de sensibiliser à la transition que de chercher à provoquer la rencontre, la confiance en soi et à favoriser l’expérience sensible du monde et de ses beautés, diversités, fécondités, potentialités. Les participant sont invités à devenir acteurs, sujet pensants et agissants.

Dans le cadre de mes interventions artistiques, la rencontre s’expérimente avec soi-même, les autres et son environnement par des exercices de dessins cartographiques, de journaux intimes poétiques, de sculptures en matériaux naturels récoltés et de maquettes d’espaces réels ou fictifs. Ces ateliers sont conçus comme des lieux de liberté créative et bienveillante basée sur l’expérience de l’espace vécu et du faire ensemble. Ainsi des expérimentations sensorielles de mise en lien sont souvent proposées telles que des jeux coopératifs  et des promenades.

Comment serait-il possible d’aller plus loin ?

Je pense qu’il serait intéressant de créer des structures collectives créatrices d’emplois, comme des Coopératives d’Activités et d’Emploi, spécialement dédiées à la transition (sous forme de SCIC, Société Coopérative d’Intérêt Collectif) pour faire corps et apporter un soutien aux multiples talents qui se retrouvent seuls et qui auraient besoin de conseils et de soutien. Les artistes sont des acteurs importants de cette transition et je serais heureuse de voir se développer à Nancy des «AMAP» culturelles comme à Toulouse, Paris et Lyon où sont nées les associations :  «Comme un poisson dans l’art », « Ça va commencer » et « le panier Zam ».

Illustration : Caroline Antoine, Jardin d’union (élément), 2015, galet, graminées, cire d’abeille