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L’écologie dans un contexte de perte de confiance généralisée

Les événements récents donnent à voir un trait structurant de notre époque : une défiance généralisée quant aux grandes institutions. Au premier rang de celles-ci figure bien sût l’État. C’est ce que montre bien l’exemple de l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen, survenu le 26 septembre 2019. De partout, traversant de part en part les comptes-rendus et analyses faits par les médias, sourd une perte de confiance généralisée dans l’action publique. Les habitants sont persuadés que les pouvoirs publics leur cachent des choses et des rumeurs complotistes pullulent sur les réseaux sociaux. Par un étrange paradoxe, l’État annonce vouloir être complètement transparent, mais ses discours de temporisation en attendant des résultats d’analyses, ou d’ignorance quant aux impacts de la combustion de cocktails de produits chimiques, suscitent encore plus d’inquiétude. En effet, quiconque peut penser : « si la vérité n’est pas défavorable, c’est que ce n’est pas la vérité ». Et un discours de transparence qui dit qu’il ne sait pas n’est assurément plus une discours de transparence. Vrai et faux n’existent plus ; tout est paradoxe.

Mais surtout, ce que cela montre, c’est que personne ne pense que l’action publique puisse procéder d’une volonté bonne. En effet, si, à travers l’État, les hommes se dotent de lois et de règlements, et si l’État a pouvoir de police pour les faire appliquer, c’est bien que l’intention est celle d’une régulation, de la recherche d’un intérêt général. Mais on constate plutôt à l’heure actuelle une déliquescence généralisée de la confiance en l’État. Tout le monde ne voit plus dans l’action publique que cynisme ou manipulation. Une institution, quelle qu’elle soit (Etat, Eglises, entreprises, syndicats…), ne se voit plus accorder aucun crédit. Cette perte de confiance en ces institution qui nous réunissent est un état social pathologique, de nature paranoïaque.

Il ne peut en résulter que deux évolutions, qui peuvent d’ailleurs, un temps, coexister, jusqu’à ce que l’une des deux l’emporte sur l’autre. La première évolution possible est l’anarchie, ou autrement dit la guerre civile. Car si le peuple ne croit plus qu’il y a des institutions possibles qui nous réunissent, alors tout se fragmente, et c’est la guerre de tous contre tous. Jérôme Fourquet, dans son ouvrage L’archipel français, montre les prémisses d’une telle évolution. L’autre direction possible est celle d’un renforcement drastique du pouvoir de l’État, pour mettre les forces centrifuges sous l’éteignoir. C’est la tentation autoritaire qui s’empare de pays entiers, depuis la Hongrie jusqu’à l’Italie, en passant par le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Vénézuéla ou la Turquie. Dans ce cas, l’État, tel le Léviathan de Hobbes, ne peut que se renforcer considérablement pour éviter la guerre civile.

Ce qu’il en ressort du point de vue de la transition écologique, c’est que celle-ci doit s’opérer dans un contexte qui la rend de moins en moins possible. En effet, pour que la transition puisse être mise en œuvre, nous avons besoin de collectif, de délibération démocratique, d’action résolue. Le contexte socio-politique dans lequel nous évoluons est de moins en moins celui-ci. Comme l’explique Bruno Latour dans Face à Gaia, notre époque est d’une certaine façon proche de l’époque de la Renaissance : tout y possible, pour le meilleur (un nouvel humanisme) ou pour le pire (la guerre de tous contre tous, religieuse ou autre).

Impasses écologiques

Nous avons tous nos petites contradictions. Et l’écologie n’est pas en reste. Ainsi en sera-t-il de l’élu local qui portera des projets très vertueux de recyclage ou de centrales photovoltaïques, mais qui fera tout pour que de nouveaux équipements de loisirs ou de nouvelles industries s’installent sur son territoire. Ou encore de telle ONG environnementale qui abusera des vidéos en ligne et des réseaux sociaux pour porter sa parole. Ou enfin du couple de bobos parisiens qui ne mangera que du bio, mais s’offrira régulièrement un week-end en avion dans une capitale européenne. Tout cela n’invite guère à l’optimisme : une action résolue et sincère est-elle possible ? Est-il envisageable de réellement s’engager sans défaire soi-même ici ce que l’on a construit là ?

On peut voir dans ces contradictions une inconséquence généralisée, par laquelle on justifie ses faiblesses par celles des autres, ou par les efforts que l’on fait par ailleurs. Mais cette attitude, pour humaine qu’elle soit, n’en est pas moins désastreuse, car ce que la transition met en jeu, c’est un changement à accomplir qui est général et complet, en d’autres mots, systémique. Certains diront que les petits pas sont inutiles en la matière. D’autres affirmeront que ceux-ci sont nécessaires pour mettre en route les choses. Dès lors, en plus du côté contradictoire mentionné plus haut, on se retrouve confronté à une deuxième difficulté : quel rythme, quelle stratégie adopter ?

Au final, l’action humaine se trouve vite en défaut : elle est contradictoire, et elle ne sait pas où elle va. Enfin, dernier aspect : elle n’est pas coordonnée : il n’existe aucune cohésion, à l’échelle d’un pays, d’un territoire ou d’un groupe social, entre les différentes actions de ses membres. Chacun fait ce qu’il veut, avec ce qu’il peut, sans que la mise en synergie se fasse. Et fatalement, l’impact des actions de l’un est annulé par l’impact des actions de l’autre.

Créer des communs

Pour sortir de cette triple impasse, on pourrait penser que la réponse se trouve dans la coercition. Ainsi de certains écologistes qui imaginent une restriction des libertés pour gagner en efficacité. Mais les régimes autoritaires, même les mieux intentionnés, ont toujours dévoyé leurs objectifs dans le sang et les larmes. L’autre réponse possible pourrait être de croire aux seules vertus de l’incitation : c’est le sens des choix faits dans nos régimes libéraux, mais sans doute au détriment de l’efficacité.

Entre les deux, entre étatisation et privatisation, il nous faut sortir de ces contradictions en invenant une tierce voie, qui est celle des communs. Ceux-ci désignent l’espace entre public et privé que nous pouvons réinvestir dans une logique de partage et de sauvegarde de nos ressources. C’est ici que la coopération est justifiée et doit être expérimentée, avec trois principes d’action pour faire face aux trois écueils mentionnés plus haut : mettre en cohérence, avoir des objectifs clairs, et coordonner l’action dans le groupe. C’est ce que tout organisation économique, politique ou sociale, devrait s’efforcer de faire pour rentrer réellement en transition. Mais à coup sûr, rien n’est gagné en la matière…

Du travail au capital, et inversement

Du 20 au 22 mai dernier se tenait à l’UNESCO, à Paris, un colloque organisé par le Centre de recherche et d’action sociales (CERAS) sur le thème « Quel travail pour une transition écologique solidaire ? ». L’occasion d’une réflexion de fond sur les conditions de possibilité d’un travail qui respecterait à la fois la dignité des hommes et la dignité de la planète. Car comme le rappelait Eloi Laurent, économiste à Sciences Po au deuxième jour de cette rencontre, ce qui est en cause dans la crise écologique, c’est bien la manière dont le travail humain a altéré irrémédiablement son environnement. Dès lors, il n’y aura pas de transition écologique sans une remise en cause profonde de nos manières de travailler.

Les maux du travail sont connus, que ce soit dans nos sociétés occidentales ou dans les pays en développement : perte de sens, aliénation, fragmentation des tâches… Dès lors, l’idée force du colloque est qu’un travail digne sera un travail qui œuvrera à la transition, car fondamentalement, comme l’explique laudado Si, l’exploitation de l’homme et l’exploitation de la nature sont un seule et même chose. On pourra objecter qu’il serait sans doute possible de trouver son épanouissement au travail dans des missions délétères pour la planète : ne trouvera-t-on aucun personnel de Total, de Monsanto ou d’Areva qui vive son travail sur le mode de la mission, en toute bonne foi, avec l’impression de l’utilité commune ?

Mais cette idée de la convergence entre travail digne et respect de la planète ne doit pas être compris seulement comme une description possible de la réalité, mais comme une boussole pour la transition. En effet, la tâche à accomplir est tellement vaste, urgente et bouleversante, qu’elle ne saurait être conduite si elle n’est pas accomplie par chacun, dans son travail, sur le mode de la réalisation de soi. Ceci renvoie donc à leur responsabilité les régulateurs du travail (Office International du Travail (OIT), Etats, organismes pariraites…), et les entreprises et leurs dirigeants. D’où la publication à l’issue de ce colloque d’un manifeste rédigé au terme d’un travail de recherche de deux ans, nommé « Manifeste pour un travail décent et durable ».

Mais l’idée la plus originale de la rencontre a été amenée par Gaël Giraud, chef économiste de l’Agence Française de Développement (AFD), qui interroge l’intensité en travail des activités économiques actuelles. Reprenant les travaux d’un de ses collègues anglo-saxons, il questionne l’intensité en travail d’une économie fondée sur le charbon, puis d’une économie fondée sur le pétrole. L’exploitation du charbon demande une main d’œuvre très abondante. A l’inverse, l’exploitation du pétrole est essentiellement capitalistique. Aujourd’hui, les énergies renouvelables sont encore plus capitalistiques que le pétrole : une éolienne en fonctionnement ne demande quasiment pas d’intervention humaine. A l’inverse, les sociétés pré-industrielles peuvent apparaître comme essentiellement travaillistiques.

Dès lors, la transition nous amène-t-elle vers un monde travaillistique ou capitalistique ? A travers l’exemple des énergies renouvelables, on pourrait penser que nous allons vers un renforcement du rôle du capital. Mais peut-être n’est-ce là qu’un leurre, et qu’au contraire, il faudrait aller vers des solutions technologiques et des modes de produire hyper-intensifs en travail. Car qu’est-ce que le capital ? Une forme de précipité d’énergie, de technologie et de travail. C’est justement ce qui permet d’effectuer des gains de productivité gigantesque dans la destruction de la nature : un homme dans une forêt coupera moins d’arbre avec une hache qu’avec une tronçonneuse. Dès lors, la feuille de route de la transition pourrait impliquer de rechercher toujours les modes de faire les moins intensifs en capital. C’est précisément l’idée des low tech, telle que présentée par Philippe Bihouix. C’est sans doute également un moyen de remédier à la question des inégalités, en reprenant une idée de Thomas Piketty dans le Capital au XXIème siècle : le rendement du capital étant supérieur à la croissance, l’accumulation de richesses se fait toujours au profit des détenteurs de capital. Peut-être est-ce aussi là un moyen de redonner sens au travail, en le sortant de l’ornière des bullshit jobs décrits par David Graeber, pour le réancrer dans la transformation concrète des choses et des êtres. Et cette approche donne la meilleure clé de lecture de la question d’un revenu universel : celui-ci serait tout simplement une aberration écologique, consacrant l’idée du capital productif au détriment du travail productif de proximité, qui est précisément ce que nous devons viser.

Les enjeux santé-environnement

Kèpos a consacré une de ses dernières réunions à la problématique de la santé environnementale, avec l’intervention de Fariborz Livardjani, toxicologue au Centre Albert Jaeger et membre de notre projet. L’occasion de prendre conscience des interactions entre santé et environnement, pour mieux penser la responsabilité de nos entreprises.

Le métier de médecin peut prendre trois formes : celle de thérapeute, qui soigne : celle de préventeur (par exemple les médecins du travail), celle de toxicologue, qui évalue. Traditionnellement, les toxicologues interviennent lors de la délivrance des autorisations de mise sur le marché de médicaments. Aujourd’hui, leur rôle s’est diversifié : ils travaillent entre autres sur les pathologies liées à l’environnement. Cela a pu donner lieu au concept de « médecine environnementale », qui reste très controversé. Il est préférable de parler de « santé environnementale ». Cela pose bien sûr la question de comment on définit l’environnement, et comment on définit la santé.

Une première approche serait de parler des risques qui se manifestent, dans le cadre de vie, sur les organismes vivant. L’environnement est alors appréhendé à travers trois dimensions : l’eau, l’air, et le sol. Il y a une très forte interdépendance de l’homme avec ces trois milieux. Dès lors, quel que soit le type de produit introduit par l’homme, il y a un impact sur nos milieux. Or, on constate à l’heure actuelle une explosion des volumes concernés. On est ainsi passé d’un million de tonnes de produits chimiques par an en 1930 dans le monde, à 500 millions aujourd’hui. 143000 substances chimiques sont sur le marché, dont seulement 3000 réellement évaluées. On peut distinguer les substances pures et les mélanges : les premières sont au nombre de 10000, les secondes offrent des possibilités quasi infinies.

La santé de son côté se définit, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), comme un état complet de bien-être physique, mental et social. Bien plus tôt dans l’histoire, Avicenne affirmait que l’homme doit toujours être pris dans son environnement. Dans le même ordre idée, l’OMS définit la santé environnementale comme l’ensemble des interactions entre la santé et l’environnement. L’hygiène des milieux devient alors la gestion de l’environnement pour la santé. Depuis la conférence de Rio en 1992, la santé est devenue un élément essentiel du développement durable.

Prenons maintenant quelques chiffres pour illustrer la problématique. Entre 1994 et 2010, le nombre de cas de pathologies cardiovasculaires, de diabète ou de cancers a augmenté de 118% en France, alors que dans le même temps, la population n’augmentait que de 19%. 5 millions de tonnes de produits CMR (Cancérogènes, Mutagènes, Reprotoxiques) sont utilisés chaque année en France. 2,3 millions de travailleurs sont exposés aux CMR. Les maladies professionnelles liées aux produits CMR représentent un coût de 650 millions d’euros pour la Sécurité Sociale. On observe une très forte hausse des maladies professionnelles, de l’ordre de 9% par an. Les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) sont également en augmentation rapide et continue. On recense 1000 nouveaux cas de cancers diagnostiqués par jour en France. On estime que 47% des hommes développeront un jour un cancer, et 37% des femmes.  Selon le National Cancer Intistute aux Etats-Unis, 35% des cancers pourraient être d’origine professionnelle. On observe 149500 décès par cancer chaque année en France. En outre, on assiste à une explosion des maladies invisibles (hypersensibilité, fybromialgie…). Au final, 88% des décès en Europe sont liés aux maladies chroniques. Selon le Professeur Belpomme, trois quarts des cancers seraient ainsi évitables, car dus à la dégradation de notre environnement.

Les pesticides sont une question clé. Par exemple, 11% des vins contiennent des phtalates. Les pesticides peuvent avoir plusieurs effets. Beaucoup d’études sont en cours sur le sujet, mais les liens de cause à effet sont difficiles à démontrer. Les pesticides peuvent aussi être des perturbateurs endocriniens, avec des effets sur le système hormonal. Ils semblent avoir un effet sur la différenciation sexuelle, et seraient impliqués dans une baisse générale de la fertilité (en 70 ans, la concentration de spermatozoïdes à diminué de 50%). Des effets neurologiques sont aussi à envisager. Les tribunaux commencent à condamner les producteurs de pesticides, en France aussi bien qu’aux Etats-Unis. On observe également des dysfonctionnements du système immunitaire, ainsi qu’un fort développement des allergies. Ce sont tous des produits marqués par une très forte dispersion : on parle de mobilité éco-toxicologique. Selon l’Institut Français de l’Environnement (IFEN), 87% des cours d’eau sont pollués. Les pommes contiennent en moyenne 27 traitements par des pesticides en résidus. La pollution par les pesticides est présente dans tous les aliments végétaux et animaux. L’espèce humaine est dès lors elle-même contaminée, l’homme devenant en quelque sorte une « éponge à polluants ». En outre, tous ces polluants se combinent et donnent lieu à des « effets cocktail », sur lesquels peu de données sont disponibles pour l’évaluation, du fait précisément de leur dispersion. On parle, dans le cas des toxicités aigües, de DES (Dose Sans Effet) et de DJA (Dose Journalière Admissible). Mais cela ne tient pas compte du potentiel toxique des associations de produits, de même que de la répétition des doses, mêmes faibles.

Enfin, on peut faire un focus sur la question de l’habitat, où de nombreuses pathologies peuvent être liées aux Composés Organiques Volatils (COV), à l’amiante, au NO2, au monoxyde de carbone, à la poussière de bois… On observe par exemple une multiplication par deux des cas d’asthme en 20 ans. Dans le même ordre idée, on estime à une fourchette entre 300 et 3000 le nombre de substances comprises dans la fumée du tabac. Tout cela est d’autant plus complexe que parfois, ce n’est pas le produit qui est toxique, mais sa métabolite (le produit de sa métabolisation par l’organisme).

Au final, nous sommes donc arrivés à un seuil dans la contamination globale de notre environnement. Si bien qu’aujourd’hui, l’espérance de vie en bonne santé est en train de chuter. La mort se vit également dans beaucoup plus de souffrances qu’auparavant. Il est donc essentiel d’avoir une vision holistique de son environnement. La conscience des entreprises sur ces sujets est extrêmement faible, et ce même si des outils existent et sont imposés par la loi. Citons ainsi le Document Unique de Prévention des Risques, qui est un outil clé qu’il est indispensable de mobiliser à son juste niveau.

La transition écologique comme projet de territoire

Pour un territoire, la transition écologique ne peut pas juste donner lieu à des ajustements  paramètriques des politiques publiques. Au contraire, une redéfinition systémique de ces mêmes politiques est indispensable. Cela implique un renouvellement radical des termes du débat. Les questions à poser pourraient être les suivantes :

  • Quelle politique de mobilité doit être mise en place à l’heure de la descente énergétique ?
  • Quelle politique d’aménagement sont souhaitables dans un contexte d’effondrement de la biodiversité ?
  • Quelle politique foncière définir alors que les sols sont en train de s’épuiser à vitesse accélérée ?
  • Quelle politique d’habitat promouvoir alors que les scenarii de transition énergétique impliquent une diminution de 50% de la demande d’énergie ?
  • Quel développement économique mettre en œuvre, alors que la limitation du réchauffement climatique vient radicalement interroger les logiques de développement qui ont prévalu ces 200 dernières années ?
  • Comment refaire de la politique ensemble à l’échelle d’un territoire alors que les choix qui doivent être faits sont les plus engageants que l’humanité ait jamais été mise en demeure de faire ?

On le voit, les enjeux sont majeurs et les risques de perte de cohésion sociale ou économique sont très importants pour un territoire. Il est donc essentiel de sortir de la gestion “as usual” et d’enrichir le questionnement politique. Or, la transition écologique concerne l’ensemble des politiques publiques mises en œuvre sur un territoire. En ce sens, elle ne relève pas d’un enfermement sectoriel, mais est éminemment transversale. Elle met en premier la notion de cohérence : ne pas effacer les gains réalisés quelque part à travers d’autres décisions connexes.

Dès lors, quelle pourraient être les méthodologies à mettre en œuvre pour faire de la transition écologique le projet majeur et structurant d’un territoire ?  En première approche, on pourrait imaginer le process suivant :

  • La mise en perspective des tendances à l’œuvre, internes ou externes, sur le territoire : ce travail prospectif doit aller au-delà du simple diagnostic de territoire. Il en modifie les enjeux en resituant la trajectoire territoriale dans un contexte systémique bien plus vaste (énergétique, écologique, économique, social, géopolitique…).
  • La définition du projet de territoire : la transition écologique est d’abord un projet de territoire qui nécessite un partage des enjeux systémiques qui se posent à toute communauté humaine, une mise en récit d’un futur désirable dans un contexte en plein bouleversement, et la définition d’objectifs partagés à la fois très ambitieux, réalistes et rassembleurs. C’est là où s’incarne la volonté politique qui impulse une démarche de transition.
  • La mise en route démocratique de la transition écologique. Celle-ci implique, pour un territoire et ses acteurs, de savoir refaire société pour décider ensemble d’une transformation complète et globale. En ce sens, la simple consultation des citoyens est insuffisante : il importe de mettre en œuvre une véritable démocratie de construction et de contribution. Il s’agit certes là d’un processus au long cours, mais indispensable pour que la transition soit véritablement inclusive.
  • L’élaboration des politiques sectorielles (urbanisme, développement économique, habitat, mobilité, cohésion sociale…). Les principes de la transition doivent irriguer l’ensemble de ces décisions. Ces politiques doivent pouvoir faire système, en gagnant en cohérence, et relever d’une véritable ambition transformatrice, et pas seulement de simple choix gestionnaires.

Sur tous ces aspects, la démarche consisterait à faire dialoguer les spécificités territoriales avec les grands enjeux systémiques. L’objectif est que chaque territoire puisse s’adapter à des conditions de vie en changement rapide et proposer à ses habitants et forces vives un cadre humain et soutenable à la construction duquel ils puissent contribuer. Car quelque part, il s’agit de tout changer totalement !