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Revue de projets #9 : Cécilia Gana, gérante de Day by Day Nancy

Cécilia Gana est la créatrice et la gérante du magasin Day by Day de Nancy, épicerie spécialisée dans la vente en vrac. A l’heure où de nouvelles formes de commerce apparaissent, elle nous présente son activité et la conduite de son projet.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Cécilia Gana, je suis née à Nancy, et suis aujourd’hui la gérante d’une épicerie 100 % vrac.

Comment en êtes-vous arrivée à créer une épicerie en vrac ?

Depuis toute petite, j’ai été sensibilisée à l’écologie, à la protection de l’environnement et à l’anti-gaspi (grâce à ma famille notamment). Après de longues études, orientées vers l’écologie et m’ayant mené jusqu’au doctorat, j’ai souhaité me diriger vers un métier plus concret, utile au quotidien et surtout qui ait du sens, avec un contact humain plus présent. Ayant conscience du problème de la pollution et essayant de réduire nos déchets, nous trouvions dommage, avec des amis, qu’il n’y ait pas de magasin dédié au vrac sur Nancy. Et je me suis donc lancée dans l’aventure en créant mon entreprise et en ouvrant le magasin.

Pouvez-vous nous décrire plus précisément votre activité ?

Day by day est une épicerie 100 % vrac, où les clients peuvent venir avec leurs contenants, afin de limiter les emballages (je fais la tare avant). Des contenants sont également disponibles sur place et gratuits (sacs en papier compostables et bocaux). On ne prend que la quantité dont on a besoin afin de limiter le gaspillage. Tout y est vendu au détail (les prix sont indiqués au kilo) : épicerie salée (pâtes, légumineuses, riz, gâteaux apéritifs, huiles, vinaigres,…) ; épicerie sucrée (sucres, sirops, céréales, fruits secs, farines, biscuits, chocolats, café, thé,…) mais également des produits d’entretien (vinaigre, bicarbonate, savon de Marseille, lessives, liquide vaisselle…) et d’hygiène (shampooing, déodorant et dentifrice solide)

Comment voyez-vous les attentes du grand public, et de votre clientèle en particulier, en matière de zéro déchet et de vente en vrac ?

Dans le vrac, chacun peut trouver son compte : certains viennent parce qu’ils souhaitent avant tout réduire les déchets d’emballage, d’autre plus pour le côté « je ne prend que ce dont j’ai besoin », donc pour moins gaspiller, mais aussi varier les menus. Et enfin il y a aussi le côté économique du vrac : consommer en vrac permet de faire jusqu’à 30 % d’économie si l’on compare avec des produits équivalents emballés. Ce que les gens recherchent aussi, c’est la traçabilité des produits, savoir d’où ça vient, comment c’est fait. Nous sommes donc très attentifs à cela et indiquons l’origine de chaque produit. Nous connaissons bien nos producteurs et fournisseurs, nous savons comment ils travaillent et on peut ainsi l’expliquer aux clients.

Vous avez fait le choix de créer votre activité en franchise. Quels sont les atouts et les limites de cette solution ?

Comme je n’étais pas issue d’une formation autour du commerce, je trouvais ça utile d’être accompagnée par la franchise. Pour convaincre une banque de m’octroyer un prêt, c’était aussi un petit plus de dire que j’allais être franchisée. Faire partie d’un réseau, quand on est commerçant indépendant, est aussi rassurant : on se sent moins seul, on échange souvent, on partage des astuces et bonnes pratiques entre franchisés. La franchise apporte aussi plus de visibilité, avec par exemple un site internet que je n’aurais jamais pu faire et financer en n’étant pas franchisée. L’accès également à autant de références (avec plus de 80 fournisseurs différents) aurait été impossible, je n’aurais pas pu proposer autant de produits seule. Bref, pour moi, ce ne sont que des avantages, je n’y vois aucun inconvénient ! D’autant plus que c’est un petit réseau, à taille humaine : chacun a son mot à dire, les franchiseurs sont à l’écoute de tous les gérants d’épicerie, nous travaillons ensemble. Si on veut que le vrac se développe, je pense qu’il faut aussi travailler en réseau, pour avoir plus d’impact vis à vis des fournisseurs, leur faire changer leurs modes de conditionnement, mais aussi gagner plus de visibilité vis à vis du grand public. Le bio par exemple est en plein essor et s’est fait connaître de tous grâce aux réseaux de magasins spécialisés dans les produits bio.

Les magasins de vente de vrac commencent à se multiplier : ça vous inquiète ou ça vous enthousiasme ?

C’est très encourageant, le fait que le vrac se développe. On trouve maintenant du vrac dans à peu près toutes les grandes surfaces, mais de plus en plus de magasins dédiés au vrac se développent. Je pense qu’il y a de la place pour tous et que plus on sera nombreux, plus les gens pourront facilement adopter le vrac, réduire leurs déchets, en parler autour d’eux et convaincre d’autres personnes de passer au vrac.

Quelques mots sur vos prochaines perspectives ?

Continuer à développer la gamme de produits proposés (à mon ouverture, j’avais 650 références, aujourd’hui, j’en ai quasi 850). Essayer de proposer d’avantages de produits français (aujourd’hui 60 % des références) et si possible bio (un peu plus d’1/3 des produits proposés en magasin à l’heure actuelle). Faire en sorte que le vrac se développe de plus en plus. Sensibiliser les gens à la réduction des déchets (continuer à proposer des ateliers avec des partenaires locaux autour du « mieux consommer » et « réduire ses déchets »)

Merci !

Revue de projets #4 : la Grande Épicerie Générale de Nancy

La Grande Épicerie Générale de Nancy est un projet emblématique du mouvement actuel de consommation collaborative. En changeant de modes de consommation, il s’agit de redonner du sens à l’acte d’acheter. L’équipe du projet a bien voulu revenir pour nous sur cet état d’esprit.

Qu’est-ce que la Grande Épicerie Générale ?

La Grande Épicerie Générale de Nancy est un projet de supermarché citoyen et à but non lucratif, implanté dans l’agglomération nancéienne. Porté au sein de l’Association pour l’ouverture d’un supermarché coopératif et collaboratif , nous sommes, fin 2017, près de 400 adhérents de tous âges à le soutenir, issus de parcours et univers différents.

Le principe est de permettre aux membres d’être à la fois consommateurs et acteurs. Chaque membre-client aura, à terme, accès à des produits de qualité, à prix juste, en contrepartie de quoi il devra participer activement, à hauteur de 3h par mois, à la gestion du supermarché.

 Grâce à l’engagement de chacun dans la gestion et le fonctionnement du projet, les charges seront réduites, ce qui permettra de proposer des produits à des tarifs abordables, tout en rémunérant correctement le producteur.

Comment le projet est-il né ?

Le projet est né de constats partagés par plusieurs consommateurs nancéiens qui ne se retrouvaient pas dans les modes de consommation actuels et souhaitaient allier les avantages des circuits-courts (qualité, traçabilité…) avec ceux des commerces classiques (libre-service, large choix, prix accessibles…). L’exemple de la Park Slope Food Coop qui existe à New York depuis 40 ans nous a alors inspiré, d’autant que La Louve, son homologue parisienne était alors en création. Un premier noyau s’est donc formé en 2014 avant de créer activement l’association en mai 2016 et d’amorcer une dynamique collective qui ne fait que se renforcer depuis.

Quelle vision du monde la Grande Épicerie essaie-t-elle de mettre en œuvre ?

 Nous souhaitons créer un réel esprit d’échanges et de coopération autour de plusieurs valeurs :

  • Proposer des produits sains et de qualité, mais néanmoins accessibles à tous.
  • Répondre aux besoins de tous en terme de consommation : du bio, du local, du vrac, mais également des produits plus conventionnels demandés par nos membres.
  • Promouvoir lorsque c’est possible une agriculture locale et pérenne.
  • Consommer durablement en respect avec l’environnement.
  • Renforcer la mixité sociale en étant un lieu d’échanges, de partage et de coopération.
  • Réduire les coûts environnementaux et le gaspillage alimentaire.

Pour nous, la coopération nécessite d’inclure toutes ces valeurs, tout en se confrontant au réel et aux besoins formulés par nos membres, sans a priori ni volonté d’interdits. Comme le dit Tom Boothe, le co-fondateur de La Louve, notre démarche peut-être comparée à celle d’une bibliothèque publique : le but y est d’être une ressource pour l’éducation et la culture, tout en étant un lieu ouvert et démocratique.

Comment percevez-vous les attentes de la société dans votre domaine d’activité ?

Face aux hypermarchés aseptisés et aux petites enseignes très spécialisées (bio, vrac, épicerie fine…), nous pensons que les gens veulent retrouver un commerce qui crée du lien. Lien avec la chaîne de production, en souhaitant trouver des produits aux origines et prix transparents, pour mieux faire leurs choix selon leurs valeurs et leur budget. Mais aussi lien avec les autres consommateurs, aux habitudes et origines différentes, pour échanger bons plans et avis. En somme pouvoir faire ses courses dans un même lieu, convivial et accueillant, tout en faisant des économies.

Concrètement, quel rôle jouent la collaboration et le partage dans le projet de Grande Épicerie ?

Le projet est par essence collaboratif, c’est à la base de ses valeurs mais aussi de sa viabilité économique. En effet chacun travaille pour faire vivre cette initiative :

  • Aujourd’hui via les groupes de travail qui ébauchent le futur supermarché, les coups de main lors des permanences, des distributions et des tenues de stand.
  • Et demain à travers les 3h d’engagement par mois à tenir le supermarché. Chacun contribuera alors, par son temps, à rendre notre marge faible et ainsi diminuer le prix des produits pour lui mais aussi pour les autres.

Quels sont les perspectives à venir pour la Grande Epicerie Générale ?

Notre objectif est d’ouvrir un supermarché de 600m² d’ici à 2019. Pour y arriver, il nous faut :

  • Développer la vie du projet en impliquant les membres.
  • Élargir notre gamme de produits.
  • Organiser la logistique et s’équiper en matériel.
  • Préparer l’ouverture du futur supermarché.
  • Et surtout : créer une société coopérative et y rassembler plus de 600 sociétaires au démarrage.

 Pour y arriver, plusieurs étapes sont essentielles :

  • Étape 1 (2016 / mi-2017) : création de l’association et mise en route du travail collectif, prise de contact avec les premiers producteurs.
  • Étape 2 (depuis mi-2017) : création du groupement d’achats. Dans un premier local temporaire, cette phase nous permet de tester énormément de choses : notre organisation, les produits, nos logiciels de ventes… Mais il sert aussi de repère pour faire connaître notre projet et tenir nos réunions.
  • Étape 3 (mi 2018 à début 2019) : création de la coopérative et ouverture du supermarché

Nous avons lancé une campagne de financement participatif en septembre et octobre 2017, et collecté plus de 14000€ sur les 12000€ espérés. Cela va nous permettre de compléter les équipements (petit mobilier, matériel de manutention et de rayonnage, équipements informatiques complémentaires, matériel de stockage pour les produits frais), d’effectuer de petit travaux dans le local, et de former les bénévoles sur l’hygiène alimentaire ainsi que d’investir dans du mobilier de rayonnage et organiser des actions d’animation auprès du grand public.