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Revue de projets #15 : Aurélie Marzoc

Aurélie Marzoc est une jeune professionnelle du design, qui axe sur son travail sur les interactions entre l’homme et la nature. Elle lance une série de jeux pédagogiques en bois pour faire connaître le jardinage naturel et sensibiliser à la biodiversité : Les cultivés ! Elle nous présente son activité.

Qui êtes-vous?

Je suis Aurélie Marzoc. Depuis ma tendre enfance, je suis passionnée par la nature, et tout particulièrement par le jardinage. J’ai obtenu en 2018 un double master designer/ingénieur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, ce qui me permet aujourd’hui d’exercer une activité professionnelle proche de mes convictions personnelles. J’ai 25 ans et vis sur le territoire lorrain, où grandit peu à peu mon activité de designer.

Pouvez-vous nous présenter votre activité :

Je suis designer indépendante basée entre Nancy et les montagnes vosgiennes. Mes axes de travail cherchent à valoriser la biodiversité, les interactions nature/humain, ainsi que la place de l’écologie dans les stratégies de territoire. Je spécialise mon activité dans la conception d’objets et de jeux pédagogiques, dont les objectifs ont à voir avec la diffusion des savoirs sur la biodiversité. Mes méthodes de conception prennent en compte l’analyse des flux et la place de l’usager, et privilégient des matériaux durables, produits localement et issus de filières de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS).

Qu’est-ce que « Les cultivés » ?

Les cultivés sont quatre jeux pédagogiques et ludiques en bois pour découvrir la biodiversité dont je suis l’auteur :

  • Qu’est-ce ? Les joueurs sont invités à trier une soixantaine de jetons. Quatre catégories s’offrent à eux : aromate, légume, fleur et fruit. Pour affiner ce tri, le jeu propose une seconde sélection selon les morphologies des végétaux. Est-ce une racine ? Une tige? Un fruit à noyau ou à pépins ? Une fleur simple ou multiple ?
  • Les saisons : chaque mois de l’année, le jardin offre différentes récoltes et activités. Ce jeu aborde ainsi l’organisation d’un potager en mettant en avant la diversité des pratiques durables en fonction des saisons et des récoltes.
  • Qui mange qui ? Ce jeu invite à découvrir les différents êtres vivants qui peuplent le jardin, et les interactions qui existent entre eux, tout en sensibilisant à la notion d’écosystème.
  • Les légumes copains : Grâce à de simples additions, découvrez les associations de légumes et de végétaux propices à un potager abondant. Le jeu vous initie ainsi à une notion importante de la permaculture.

Comment cette idée a-t-elle germée ?

Lors de mon master à l’ENSAD de Nancy, deux pistes de réflexion m’ont fait aboutir à ce projet :

  • L’écriture d’un mémoire rassemblant mes réflexions sur ce que le designer peut apporter dans les pratiques de soin à partir de plantes spontanées (qui se développent sans la volonté de l’Homme).
  • Des interventions dans une école primaire, dans laquelle j’ai conçu un potager pédagogique. Lorsque le jardin a été créé, j’ai réalisé que les enseignants ainsi que les enfants manquaient de connaissance sur le jardinage. Effectivement, je me suis rendue compte que les éditeurs de livres et supports pédagogiques spécialistes à l’éducation proposaient très peu d’outils d’éducation à l’environnement. Par ailleurs, les associations d’éducation à l’environnement développent des outils en interne , mais les diffusent très peu en externe.

Les jeux Les cultivés sont une solution ludique et pédagogique pour transmettre les connaissances sur le jardin, et sensibiliser à l’importance de la biodiversité.

Où en êtes-vous du montage de ce projet, et quelles sont ses perspectives?

Après 2 ans de travail de conception et de test avec différents publics, j’ai lancé le 25 février 2020 les premières préventes . L’objectif est de réunir le fonds de roulement nécessaire pour rémunérer les différentes entreprises prestataires de ce projet. Cela représente une cinquantaine de jeux à vendre sous la forme d’un financement participatif.

J’ai pour projet d’éditer trois à quatre jeux à destination de l’éducation à l’environnement chaque année. A côté de cela, je souhaite intégrer des collectifs de projets en lien avec la transition écologique, afin de mutualiser des compétences professionnelles, notamment en collaborant avec les autres membres de Képos.

En quoi le design peut être un outil intéressant à mobiliser dans la perspective de la transition écologique?

Le design que j’exerce questionne les relations entre l’humain et la biodiversité. Mes compétences sont celles de la conduite d’un projet de design, de sa conception à sa réalisation. Ma démarche s’appuie sur des observations et des analyses d’un territoire, ses flux et ses usagers. Des outils de consultations (discussions, échanges, questionnaires et retour d’expériences) me permettent d’élaborer des projets. Sous-traitant la fabrication de mes objets et réalisant des séries en petites quantités, le design que j’exerce active le territoire dans lequel le projet est ancré. L’ensemble de ces critères et ces méthodologies me permettent de poursuivre mes engagements au service de la protection de l’environnement.

Les outils et les approches propres à la discipline du design questionnent ce qui est déjà construit sur un territoire. Les conceptions apportés par les designers aboutissent certes à de nouveaux services et objets, mais ceux-ci sont capables d’accompagner une forme de décroissance, par exemple en remettant au goût du jour d’anciens usages, tels que le jardinage familial et l‘autosuffisance alimentaire.

Pour répondre aux défis du réchauffement climatique, il faut réfléchir aux nouvelles manières de produire et de consommer, et se questionner sérieusement sur nos véritables besoins. Et si nous commencions par voir le dérèglement climatique non pas comme une fatalité, celle d’un système en train de s’effondrer, mais comme une opportunité, celle d’un monde entier à réinventer ? Le design, comme bien d’autres méthodes ou valeurs humaines, a les compétences pour instruire les usages de demain et proposer des outils pour des modes de vies plus respectueux de l’environnement.

Quelques mots pour finir sur ce que vous apporte Kèpos, et sur votre rôle dans la coopérative ?

Képos me permet d’être entourée d’entrepreneurs et petites entreprises partageant la même ambition d’agir dans la transition écologique. Echanger et se réunir enrichit mes connaissances sur le territoire, et m’encourage à faire vivre mes valeurs dans mes activités professionnelles et personnelles. Souhaitant intégrer des collectifs de projet, et répondre à des appels d’offres en commun avec d’autres entreprises, Képos est le meilleur écosystème pour faire grandir mon projet entrepreneurial.

Merci !

Revue de projets #3 : MOTE

Aliénor Morvan, jeune diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, est la créatrice de MOTE, une activité de mise à disposition d’ilots de compostage partagé en milieu urbain. Elle revient sur la vision sous-tendue par son projet.

Qui êtes-vous ?

Je suis Aliénor Morvan, designer bretonne, diplômée de l’ENSAD Nancy en juin 2015. Une année Erasmus en Suède à étudier le développement durable et l’éthique du commerce puis l’axe de recherche « Design des nouveaux milieux » de l’ENSAD m’ont orienté vers l’éco-conception du côté de la production mais également vers les usages et les modes de vie durables.

En quoi consiste le projet MOTE ?

Matières Organiques Très Expressives (MOTE) est un projet qui vise à démocratiser le compostage partagé en milieu urbain à travers un dispositif physique et un programme d’accompagnement. L’îlot est conçu pour faire paysage. Modulable et transparent, il exhibe fièrement cette matière précieuse pour opérer un changement dans les mentalités. Il est fabriqué localement, en banlieue de Nancy. L’îlot ne vit pas tout seul : avant son atterrissage, il faut fédérer et pérenniser des communautés d’usage autour de cette pratique. Des permanences et des ateliers de sensibilisation proposent de créer collectivement un imaginaire réjouissant. MOTE repose sur une réappropriation du traitement des déchets organiques par les usagers comme un substrat de lien social.

Pouvez-vous nous raconter brièvement son histoire ?

MOTE est mon projet de diplôme, il a été conçu à l’issue d’une étude d’usage sur une dizaine de foyers membres de la communauté de compostage partagé du parc Sainte-Marie à Nancy. Le service de prévention des déchets ménagers de la Métropole du Grand Nancy s’est très tôt intéressé au projet et m’a notamment apporté toutes les ressources techniques nécessaires sur le compostage. Le projet a ensuite été porté au sein de l’atelier ARTEM « Entreprendre Autrement » mené par François Rougieux puis accompagné depuis mai 2016 par l’incubateur Stand Up-Artem.

Quel état des lieux vous faites aujourd’hui de la thématique sur laquelle vous intervenez, la valorisation des déchets ?

Certaines villes, comme Besançon, sont à l’avant-garde avec plus de 300 sites de compostages partagés, notamment grâce à la redevance incitative. Localement, la Métropole du Grand Nancy en comporte une quinzaine. Il y a donc une marge de progression importante.

Comment vos initiatives sont-elles accueillies par les personnes à qui elles s’adressent ?

Le traitement des déchets ménagers est assuré depuis plus de deux siècles par les collectivités. Les citoyens ne se sentent pas responsables de leurs déchets avec lesquels ils entretiennent une relation de dégout. Par ailleurs, les urbains ont été déconnectés des processus naturels végétaux ou animaux. Un usager de 20 ans est aussi dépourvu devant un composteur que sa grand-mère devant un I-pad. Il s’agit donc de séduire des populations variées, au delà du militantisme écologiste, avec une stratégie sensible et un glissement de la notion de déchet vers celle de matière précieuse. 

Les usagers qui ont tentés l’aventure tirent une satisfaction éthique (maîtriser la prise en charge de leur déchets de manière cyclique et non incinérés en causant des pollutions), sociale (rencontre des voisins), hygiénique (leur poubelle normale ne sent plus mauvais), technique (savoir-faire du compostage, meilleure appréhension du vivant) et esthétique (l’îlot comme un mobilier urbain d’agrément). Ils peuvent par ailleurs récupérer du compost mûr devenu engrais en fin de cycle pour leurs jardinières domestiques et se réjouir de voir le reste épandu dans le quartier. Ils contribuent ainsi directement à favoriser la biodiversité et à enrichir les sols urbains.

Quelle vision du monde votre projet essaie-t-il de mettre en œuvre ?

Si les citoyens se réapproprient le traitement de leurs déchets, ils seront amenés à porter une réflexion sur leur propre production de déchets, leur alimentation et in fine l’ensemble de leur mode de vie. Par ailleurs, il s’agit également de se réapproprier l’espace urbain de manière collective, proposer une nouvelle fonction à un parc, à un espace vert interstitiel … Puis si les citoyens reprennent la main sur des actions de bien commun, cela leur confère une force politique, au sens noble du terme. Ils agissent directement sur l’organisation de la vie de la cité.

Quels sont les perspectives à venir pour vous et MOTE ?

MOTE doit aujourd’hui se doter de moyens humains, une force commerciale, de médiation, de bénévoles. Nous affinons jour après jour avec nos partenaires le modèle économique afin que le projet puisse se pérenniser, créer des emplois et prendre rapidement une ampleur nationale.