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Economie de crise

Avant de parler de l’après-Covid, il paraît raisonnable de parler du pendant, qui n’est pas près de s’achever, tant au moins qu’un vaccin n’a pas été trouvé. Quant aux impacts indirects, il peuvent courir pendant des années voire des décennies. Un intervenant spécialiste de ces questions est intervenu dernièrement lors d’une réunion à distance de Kèpos, pour nous donner des pistes d’analyse économique et d’action entrepreneuriale. Son message : piloter son entreprise par la trésorerie.

Dans ce contexte épidémique, trois scénarios semblent se dessiner pour l’activité économique :

  • Un scénario en V, où après avoir chuté vivement, l’activité redémarre très vite.
  • Un scénario en U, où l’activité chute fortement. S’ensuit une phase étale, avant un redémarrage.
  • Un scénario en L, où l’économie rentre en dépression, et ne redémarre pas.

Stratégie pour tenir

A l’heure actuelle, nous sommes déjà en récession, mais il semble possible que l’activité reparte selon un scénario en U, du fait de la réponse apportée par les gouvernements. En 2008, celle-ci n’avait pas été suffisante, et les Etats n’avaient pas réagi assez vite assez fort. D’une certaine manière, ils n’avait aidé que les grandes entreprises. Ce n’est pas le cas aujourd’hui : l’artillerie lourde a été sortie, et il y a bien un soutien au tissu économique de proximité. Le but est d’empêcher à tout prix des fermetures d’entreprises. D’où le chômage partiel et les emprunts garantis par l’État, ceci afin d’empêcher un scénario à l’américaine, où le chômage a augmenté de plus de 20 millions de personnes en quelques semaines. C’est ainsi qu’en France, l’État paye les salaires. Même si cela s’avère très coûteux, c’est en revanche très efficace. Un moratoire sur les charges sociales pourrait même être envisagé. La garantie des prêts vise à éviter la situation où une banque puisse refuser un prêt à une entreprise. Il existe aussi des mesures européennes, pour éviter des risques systémiques. La Banque Centre Européenne organise une sorte d’ »open bar », pour éviter que le système ne s’effondre faute de liquidités, dans une situation où chacun voudrait garder sa trésorerie pour lui. A terme, on peut même envisager le recours à la « monnaie hélicoptère » si la demande est trop affaiblie. Cela reviendrait à soutenir la demande en donnant des chèques aux particuliers. Tout ceci laisse à penser que l’on est plutôt dans un scénario de type U, avec un redémarrage possible en décembre. Dès lors, l’objectif devient de tenir jusque là en ayant la trésorerie suffisante.

Dans ces conditions, faut-il avoir peur de demander des aides à l’État ? Au contraire, il faut foncer sur ces financements, même si on n’en a a priori pas besoin. Car c’est la trésorerie qui fait que l’on tient. C’est ainsi que toutes les grandes entreprises tirent en ce moment des lignes de crédit. Renault vient ainsi de souscrire 4 milliards d’euros de prêts garantis par l’État. La pression est forte sur les banques et il faut tirer les crédits maintenant sans vergogne. Le risque pour l’État réside dans les entreprises zombies, qui étaient déjà en difficulté avant. Mais en l’espèce, l’État n’a pas intérêt à trier. Et mieux vaut avoir trop de trésorerie et rendre que pas assez et disparaître. Il faut donc avoir une gestion d’entreprise par le biais de la trésorerie, en vérifiant sans arrêt son cash flow. Et tous les investissements à long terme doivent être financés par des financements à long terme.

Dans ce contexte, quel serait l’endettement maximum d’une entreprise ? C’est à apprécier selon son besoin de trésorerie. A chiffres d’affaires égal, des entreprises ont des besoins en trésorerie différents. Même si c’est une question dont la réponse est difficile à donner dans l’absolu, il paraît aujourd’hui judicieux de s’endetter, en fonction du montant de ses achats et de ses salaires, pour tenir la trésorerie jusqu’en décembre.

Résilience des entreprises

Cette crise est le signe que les entreprises ne sont pas résilientes. La réflexion à mener devient donc : comment rendre son entreprise résiliente aux chocs externes ? Il faut pour cela penser que la vie des entreprises est cyclique. Pour une entreprise, une croissance permanente est impossible. Dans ce contexte, la relocalisation des flux est une réponse à l’enjeu de résilience. Cela permet de répondre mieux et plus vite aux chocs. On peut dire à l’heure actuelle que la démondialisation est en route. La carte à jouer est celle de la relocalisation sur de petits territoires.

Dès lors, des changements forts doivent être opérés dans les entreprises : à l’interne, une organisation plus résiliente permettant une évolution dynamique, et à l’externe, une résilience par écosystème, mettant au premier plan la complémentarité, la mutualisation, qui forment des coussins d’amortissement en cas de chocs. Un groupe constitué doit donc réfléchir à sa dynamique en cas de chocs. L’agilité est une réponse collective. Il faut anticiper collectivement les chocs exogènes, et imaginer les réponses futures. Pour cela, il est indispensable de comprendre la dynamique des crises. De ce point de vue, les vannes de l’argent grand ouvertes aujourd’hui préparent sans doute, via leur impact budgétaire, la crise prochaine.

Dimensions financières de la crise

A l’heure actuelle, on distribue de l’argent à tout le monde, augmentant ainsi la masse de billets dans la poche des gens. On a ainsi beaucoup de liquidités pour la même quantité de biens. Aux Etats-Unis, ce sont 2000 milliards de dollars qui ont été injectés, en France 100 milliards d’euros. La dette publique de la France va dépasser très largement les 100 % de son PIB. Tant que les gens ont confiance dans leur monnaie, tout va bien. Mais il y a des risques que cela ne dure pas. On est sur ce chemin-là, avec un risque lié à des configurations économiques inconnues. Un exemple en est l’arrivée des taux d’intérêts en territoire négatif. Les Etats aujourd’hui ne pourraient plus supporter des taux d’intérêt élevés. On aboutit alors à un système illogique, où on ne donne plus la bonne valeur au risque, débouchant ainsi sur des incohérences, des mauvaises incitations. Ni les banques, ni les épargnants ne gagnent plus d’argent. Heureusement, l’inflation n’est, en tout cas pour l’instant, pas un problème, et les Etats ne se livrent pas de guerre sur ce point.

Pour mieux saisir cette question, il faut bien comprendre d’où vient l’argent des banques. Une banque ne prête pas son argent, ni celle de ses déposants. Elle prête beaucoup plus que cela. Ses modes de fonctionnement sont édictés par la BCE, et par des réglementations dites « Bâle III ». Par exemple, si elle a 1000 € de capital, elle va pouvoir prêter jusqu’à 10 fois plus. Elle crée jusqu’à une certaine hauteur de l’argent, qui disparaîtra ensuite au moment du remboursement. Aujourd’hui, une banque reçoit de l’argent Open Bar de la BCE, et s’en sert pour prêter à nouveau encore plus. Seule la BCE peut créer de l’argent à partir de rien. La situation actuelle implique que les banques ne sont pas bridées dans leur activité de création monétaire.

Dans ce cadre, y a-t-il un risque qu’une banque puisse faire faillite ? A priori non, car les banques sont devenues aujourd’hui de simples agents de la BCE, ses distributeurs de monnaie. Celle-ci achète par ailleurs les titres d’Etats en difficulté pour les rembourser, l’Italie par exemple. Ceci a permis que la chaîne financière tienne depuis la crise des dettes publique de 2011, et ce même si les pays du Nord ont refusé la mutualisation des dettes entre pays.

Conclusions politiques

Un dernier mot sur l’impact politique de tout cela. Les acteurs économiques vont voir ce qui n’a pas marché et mené à la crise actuelle. Les grandes entreprises vont modifier leur stratégie, et la relation politique avec la Chine va être reprise. On va assister à une forme de démondialisation. En sus intervient une crise du pétrole très grave, qui va déstabiliser les pays producteurs. La question va donc devenir : qu’est-ce qui fait de l’Europe une communauté ? Si l’entraide est la réponse, il est probable que des partis politiques vont en profiter pour renforcer leurs arguments anti-européens.

Devenir une famille à énergie positive

La transition énergétique peut revêtir deux réalités : l’investissement et le changement de modes de vie. Dans un cas, on investit dans de nouvelles capacités de production d’énergie d’origine renouvelable, dans la rénovation des bâtiments, dans des infrastructures de transports collectifs… Côté modes de vie, on apprend à faire avec ce qu’on a pour être le plus sobre possible du point de vue des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Et c’est là un défi de taille, car en la matière, chacun est comme un fumeur ou un alcoolique qui affirme la cigarette au bec ou le verre à la main, qu’il « arrête quand il veut ».

Aussi, ma famille a saisi la balle au bond, en participant à un concours animé par l’Agence Locale de l’Énergie et du Climat (ALEC) de Nancy : le défi Familles à Énergie Positive. Thibaud Diehl, responsable de l’Espace Info Énergie de Nancy, en explique le principe : « Familles à Énergie Positive, c’est un concours d’économies d’énergie, dont l’objectif est de mobiliser le grand public sur les économies d’énergie que l’on peut réaliser au quotidien par des gestes et astuces simples, sans affecter son confort ». Les familles s’organisent ainsi en équipes et c’est parti pour mener toutes sortes de petites actions pour limiter ses consommations de gaz, d’électricité, et d’eau : baisser la température d’appel de son thermostat d’ambiance (un peu en journée, et très fortement la nuit), mettre des boudins en bas des portes, ajouter des rideaux aux fenêtres, installer des économiseurs d’eau sur douches et robinets, éteindre le chauffage en journée dans les chambres, rajouter de l’isolant à ses portes et fenêtres, éteindre systématiquement les lumières quand on quitte une pièce, couper tous les appareils en veille dès que l’on peut (télévision, box internet, chaîne hifi, micro-onde…)… et puis surtout, mettre un gros pull quand il fait froid ! Les enfants se prêtent au jeu, les familles se mobilisent et de nouvelles habitudes se créent. Il faut dire que parfois nécessité fait loi, et que dans notre cas, les factures de gaz incitaient à une reprise en main efficace.

Tout ça pour quel bilan ? Quelques pourcents de baisse de ses consommations de gaz, une diminution plus marquée pour l’électricité, et spectaculaire, en qui nous concerne, pour l’eau. Surtout, on y gagne une prise de conscience collective qu’une famille ne vit pas dans un monde clos, mais est responsable des ressources qu’elle mobilise et des émissions qu’elle provoque. Et ça, en terme éducatif, surtout avec des enfants, c’est essentiel. A travers ce début de changement de comportements, il s’agit de se mettre en chemin, car, comme le dit Thibaud Diehl, « le potentiel de réduction est incroyable, que ce soit sans investir (sobriété énergétique), ou en investissant dans l’efficacité et la performance des équipements que l’on utilise ». Encore faudra-t-il que les économies générées ne contribuent pas à d’autres dépenses énergétiques ailleurs (partir en vacances à l’autre bout du globe par exemple), sinon on n’aura rien gagné. C’est ce qui s’appelle l’effet rebond, qui est au cœur des difficultés que nos sociétés éprouvent à changer les modes de vie. En attendant, nous recommandons l’expérience de la participation à ce défi : des économies réalisées, une sensibilisation utile, et des moments de convivialité qui aident à s’investir !