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Quelle feuille de route pour l’université à l’heure de la transition écologique ?

La présente contribution est proposée par Kèpos et ses membres dans le cadre de la consultation « On s’engage » lancée par l’Université de Lorraine. Celle-ci demandait à la communauté universitaire et à la société civile des idées sur la transition écologique de l’établissement. Cette article s’interroge sur ce que devraient être les missions d’une université à l’heure de l’anthropocène. Dans ce cadre, devenir une université en transition, c’est d’abord intégrer les enjeux écologiques dans les grandes missions de l’université, à savoir la recherche, l’enseignement, et l’innovation

Questionner l’activité de recherche

L’anthropocène est le grand événement de la modernité, qui met en cause à court terme l’existence de l’espèce humaine. Mais l’université l’a-t-elle intégrée dans ses stratégies de recherche ? On pourrait donc proposer qu’une première étape soit de questionner, à travers une analyse bibliométrique, quelle la place des enjeux écologiques au sens large dans les activités de recherche de l’université. La deuxième étape serait alors de mettre l’anthropocène à l’agenda de toutes les activités de recherche de l’université, et cela à l’échelle individuelle, à l’échelle du laboratoire, et à l’échelle de l’établissement. Enfin, la dernière étape se situera dans le dialogue des savoirs, à travers la question de la cohérence écologique globale : quels sont les effets de résonance de la crise écologique entre les différents champs disciplinaires ? Et comment l’action humaine pourrait concevoir et mettre en œuvre des stratégies politiques, économiques ou techniques qui soient cohérentes et pertinentes dans l’ensemble des dimensions du problème écologique ? Voilà un agenda de recherche global capable de donner une feuille de route à l’ensemble d’une communauté universitaire.

Réorienter l’enseignement à l’université

Le monde dans lequel les étudiants d’aujourd’hui vont évoluer n’aura rien à voir avec celui dans lequel ont grandi leurs enseignants. Dès lors, il est clair qu’il faut les y préparer. Or, on le sait, les politiques climatiques ne sont pas des politiques sectorielles : elles sont transversales à tous les domaines. Il en va de même pour l’enseignement : l’enseignement de la crise écologique n’est pas un enseignement de nature essentiellement disciplinaire. Dès lors, il est nécessaire :

  • Que tous les étudiants aient a minima un module de formation par cycle sur l’anthropocène et ses implications.
  • Que l’ensemble des maquettes et des enseignements soient questionnés à l’aune de ce qu’ils signifient vraiment dans un monde potentiellement à + 4° C à la fin du siècle.
  • Que des formations expertes de ces sujets soient construites (c’est déjà le cas), et surtout entrent en dialogue entre elles.
  • Que la formation continue prenne ces sujets à bras le corps, pour construire une offre qui forme les managers et les ingénieurs de la transition écologique dont nos entreprises et nos territoires ont besoin.

Ces questions soulèvent également la question de la formation des enseignants-chercheurs et des personnels BIATSS à ces enjeux : il serait très dommageable que l’ignorance se loge, en la matière, chez les personnes-mêmes qui sont en charge de la combattre.

Questionner le soutien à l’innovation

L’université a un rôle essentiel dans la vie économique, via le transfert de technologie, la création de spin off universitaires, ou la recherche collaborative. Or, ces actions sont-elles toujours cohérentes avec les enjeux écologiques au sens large ? Dès lors, nous proposons que toutes les activités liées à l’innovation mentionnées ci-dessus soient, avant tout décision de soutien, passées au crible de savoir si elles sont compatibles avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050 (objectif inscrit dans la loi). Et pour être tout à fait cohérent, si ce n’est pas le cas, elles ne doivent pas être soutenues.

Verdir les process

Enfin, il conviendra de verdir tous les process. Quelques exemples peuvent être donnés :

  • Réduire drastiquement l’usage de l’avion et compenser l’intégralité des déplacements faits par ce biais par les enseignants-chercheurs. Cela pourra être fait en attribuant à chaque chercheur un budget carbone annuel à ne pas dépasser, en diminution d’année en année bien sûr.
  • Ne plus rembourser les indemnités kilométriques et ne plus donner accès à un véhicule de service pour les déplacements pour lesquels une alternative crédible de transport en commun existe.
  • Avoir une politique volontariste d’isolation de tous les bâtiments universitaires.
  • Servir des produits Bio et locaux dans les restaurants universitaires et les buffets achetées auprès de traiteurs.
  • Se poser la question de l’éco-conception des systèmes informatiques utilisés.

Un dernier mot sur la vie étudiante : les étudiants ont un rôle essentiel à jouer dans ces processus. Soutenir activement leurs initiatives en la matière est une nécessité. Sans bien sûr leur faire croire que la transition écologique d’une université est d’abord le fait de leurs éco-gestes, ce que parfois leur établissement veut leur faire croire.