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Journal de bord de Kèpos #2 : structurer la démarche

Les six premiers mois (de janvier à juin 2018) de Kèpos ont permis de tester l’idée. Ce test a pris la forme d’un premier collectif d’entreprises, qui ont pu ensemble définir la vision qui présidait à leur rassemblement. Dans le même temps, l’idée a été présentée à un certain nombre d’acteurs, qui ont pu apporter leur éclairage sur les facteurs clés de succès d’une telle démarche. Au mois de juin 2018, la feuille de route était donc considérablement éclaircie, permettant de définir les enjeux auxquels il s’agissait de répondre, les objectifs de la démarche, les outils et méthodes à utiliser et les modalités de financement à mobiliser. A partir de là, le deuxième semestre 2018 allait être le temps de la structuration.

D’un point de vue juridique, cette structuration s’est faite en deux temps. Tout d’abord, Kèpos a été accueilli au sein de la Coopérative d’Entrepreneurs Synercoop, une SCIC autogérée basée en Meuse. Celle-ci a permis que Kèpos puisse facturer, et surtout a ancré le projet au sein d’un écosystème de l’Economie Sociale et Solidaire très favorable. Ceci s’est également traduit par le transfert de méthodes et de compétences, de Synercoop vers Kèpos, notamment quant aux questions de gouvernance partagée. Cela étant, ce n’était pas Kèpos en tant que collectif qui était accueilli au sein de Synercoop, mais plutôt son coordinateur, ce qui limitait les marges de manœuvres. En particulier, il était de plus en plus demandé, de la part du cercle de partenaires en train de se construire autour de Kèpos, que le collectif se dote d’une personnalité juridique propre. A moyen terme, l’objectif était bien que celle-ci soit créée sous le format d’une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Afin de progresser petit à petit, les membres de Kèpos ont choisi de passer par une étape associative. C’est ainsi que l’association de préfiguration de la SCIC Kèpos a été créée le 11 décembre 2018. Il s’agit là d’une phase transitoire, celle-ci devant se transformer en SCIC avant l’été 2019. Ce type de processus présente l’avantage qu’il y a continuité de la personnalité morale quand l’association se transforme en SCIC : les conventions passées par l’une sont conservées par l’autre. C’est d’ailleurs, à notre connaissance, le seul cas où une association peut se transformer en entreprise.

Le deuxième chantier de cette phase de structuration concernait le financement de l’initiative. De premiers jalons ont été posés en la matière. Tout d’abord, les membres du collectif ont commencé à contribuer à son fonctionnement. Calculée en fonction de la marge brute de chaque entreprise, une participation est demandée à chacun trimestriellement. Cette contribution est bien sûr appelée à croître au fur et à mesure que les activités des membres vont se développer. Une deuxième source de financement a été initiée, à travers la réalisation de prestations pour les membres du collectif. En l’occurrence, il s’est agi de prestations d’assistance dans la recherche de financements, ainsi que de services de facilitation commerciale. Enfin, un premier essai de demande de financement auprès d’une fondation a été réalisé. Ce galop d’essai, auprès de la Fondation Amar y Servir, abritée par la Fondation Terre Solidaire, a été couronné de succès. La somme récoltée permettra de professionnaliser la communication du projet. Dans le même temps, un certain nombre de contacts a été pris dans la perspectives de soutiens publics ou privés, financier ou non, permettant d’envisager avec confiance les prochaines étapes : la création et la structuration de la future SCIC.

Enfin, le dernier axe de structuration du projet durant ce deuxième semestre 2018 a concerné la cohésion du collectif. Celui-ci s’est d’abord étoffé de nouveaux membres, qui ont permis de diversifier et renforcer ses compétences. L’objectif est d’arriver le plus tôt possible à une vingtaine de membres engagés de manière pérenne et déterminée. Ensuite, les interactions entre les membres se sont développées. Cela a pu prendre la forme de collaborations, ponctuelles ou plus durables, au service de la résolution de problématiques des uns ou des autres. Cela est encore émergent, mais les promesses sont là. Autre point de satisfaction : la cohésion du groupe monte en puissance. Chacun connaît mieux l’autre et ressent l’effet positif de prendre part à un groupe qui partage les mêmes valeurs et engagements. Il est de plus en plus clair que chacun prend du goût à la rencontre avec l’autre. De plus, des projets communs commencent à émerger. Ceux-ci concernent pêle-mêle la création d’un pôle d’activités de la transition écologique à Nancy, la mise en route d’une halle commerciale dédiée à la transition, la commercialisation commune de prestations auprès des entreprises du territoire, l’organisation d’une exposition d’art contemporain, ou encore l’élaboration d’une dispositif de préincubation des entreprises de la transition, dans le cadre de l’Appel à projets de la Région Grand Est « Fabrique à projets d’utilité sociale ». Enfin, l’intégration de Kèpos dans son environnement socio-économique se conforte, dans la foulée de discussions fructueuses avec le Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle, ou encore le Plan B.

Bref, l’enthousiasme est là ! Nous tous, membres de ce projet, vous en souhaitons autant pour cette nouvelle année 2019 ! Puissions-nous tous être des acteurs engagés et joyeux au service des autres, du monde et de notre planète !

L’action collective au défi des économies d’énergie

Clairlieu est un lotissement construit dans les années 70 situé sur la commune de Villers, sur les hauteurs de Nancy. Aujourd’hui, les 1310 pavillons en plaques de béton, conçus avant le premier choc pétrolier et affichant des performances thermiques catastrophiques, doivent être rénovés pour répondre à l’enjeu des économies d’énergie. A l’heure où ce type de rénovation est au cœur des politiques publiques de performance énergétique, le cas de Clairlieu apporte une réponse originale à ces défis.

L’initiative est partie des habitants il y a une dizaine d’année, ceux-ci sentant que la situation n’était plus tenable. Ils ont alors imaginé un système à trois dimensions, permettant de maximiser les synergies sur le territoire :

  • Premiers concernés, les habitants sont demandeurs des travaux. Maîtres d’ouvrage, ils sont eux-mêmes susceptibles de participer aux travaux de rénovation en tant que bénévoles, chez eux bien sûr, mais aussi chez les autres.
  • Une association, Clairlieu Eco-Défi, fait vivre la dynamique sur le quartier : sensibilisation, communication, aide aux maîtres d’ouvrage pour obtenir des financements publics, organisation de crowdfundings, etc…
  • Une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) a été créée, Clairlieu Eco Rénovation Solidaire, qui réalise les travaux. Cette SCIC a été créée par les habitants eux-mêmes, sous la houlette de professionnels du bâtiment habitant le quartier. Les habitants peuvent être associés à la SCIC en tant que bénéficiaires de ses services.

Ce triptyque permet de lier efficacement écologie, économie et solidarité. En effet, la rénovation de ces maisons pose des problèmes spécifiques pour lesquelles il était nécessaire de concevoir des solutions ad hoc. Les premières années de la SCIC ont donc été consacrées à mener une activité de Recherche et Développement (R&D), débouchant sur quelques brevets et permettant de répondre techniquement aux besoins propres à ce type d’habitat. Le parti a été pris de privilégier des produits fabriqués localement et biosourcés. Pour faire face à la hausse des coûts qui en résultait, la SCIC a développé des solutions semi-industrielles sous forme de caissons isolants qui viennent se plaquer sur les murs de la maison et remplacer son toit. Ainsi, le temps de travail en usine tend à croître, et celui sur le chantier à décroître, permettant une conduite des travaux efficace et rapide. Le travail de R&D qui a été fourni a permis à la SCIC de s’engager auprès de ses bénéficiaires sur l’obtention du label BBC (Bâtiment Basse Consommation), et ce pour un coût bien moindre que les solutions classiques utilisant ce type de produits.

Ce qui est singulier dans le cas de Clairlieu, c’est que l’initiative part des habitants et est assumée collectivement. Il ne s’agit pas d’une succession d’initiatives individuelles, mais d’une logique solidaire qui trouve elle-même les propres solutions à ses besoins. De plus, les habitants bénévoles fournissent environ un quart du temps de travail total nécessaire à la rénovation, et ce, sans gêner l’obtention d’une garantie décennale. L’association permet de nourrir la dynamique collective, alors que la SCIC est là pour apporter les solutions techniques. A aucun moment le maître d’ouvrage n’est laissé seul face à sa problématique, et ce sur l’ensemble des dimensions d’un projet : financement, conception, réalisation. Les profits obtenus par la SCIC restent sur le territoire, œuvrant ainsi à un circuit local de l’argent.

Ainsi, l’exemple de Clairlieu donne à voir une prise en charge locale d’un besoin local, misant sur l’action collective et l’implication des habitants du territoire, et ce en développant une offre intensive en connaissance, avec dépôt de brevets à la clé. En somme, une solution exemplaire apportée à un besoin majeur de la transition énergétique ! Il restera à résoudre sur ce type de quartier périphérique la question des déplacements, mais c’est un autre problème ! En attendant, après une dizaine de maisons rénovées pour affiner les solutions techniques,  1300 pavillons sont à rénover !